L'Étreinte d'Obsidienne

Chapter 1 — L'Étreinte d'Obsidienne

Le goût du sang était la seule chose qu'Amélie sentait. Métallique, amer, et paradoxalement, terriblement familier. Elle cracha, essayant de déloger le liquide cramoisi qui s'était infiltré dans sa gorge, mais la douleur lancinante à sa tempe lui rappela brutalement où elle était et pourquoi.

Elle était piégée. Piégée dans la cage dorée que Gabriel de Picard, l'un des hommes les plus riches et les plus impitoyables de France, avait construite autour d'elle. Un marché conclu par son père, une dette de jeu abyssale, et elle, Amélie Roche, était le prix à payer. Une monnaie d'échange. Son corps, son avenir, tout appartenait désormais à cet homme qu'elle détestait avec chaque fibre de son être.

Le manoir de Picard, perché sur les hauteurs de la Côte d'Azur, était un monument à la richesse et au pouvoir. Des murs de marbre immaculé, des lustres étincelants, des jardins luxuriants descendant en cascade vers la mer Méditerranée d'un bleu profond. Un paradis, en apparence. Mais pour Amélie, c'était une prison. Chaque porte, chaque fenêtre, chaque garde posté à l'entrée lui rappelait sa captivité.

Elle se redressa, s'appuyant contre le mur froid de la somptueuse chambre qui lui avait été assignée. Un décor digne d'une reine, mais une reine enchaînée. La robe de soie couleur ivoire qu'elle portait était douce contre sa peau, mais elle se sentait nue, vulnérable, comme une proie offerte sur un plateau d'argent.

La porte s'ouvrit avec un clic silencieux. Amélie se raidit, son cœur battant la chamade dans sa poitrine. Gabriel de Picard. Même l'ombre de sa présence semblait emplir la pièce d'une tension palpable.

Il était grand, imposant, avec une aura de pouvoir qui émanait de lui comme une chaleur suffocante. Ses cheveux noirs, coupés courts, encadraient un visage aux traits acérés, sculptés par l'ambition et l'indifférence. Ses yeux, d'un bleu glacial, la transpercèrent, analysant chaque détail de son apparence, chaque signe de faiblesse.

« Amélie, » dit-il, sa voix grave et profonde résonnant dans la pièce. « J'espère que vous trouvez votre… résidence… à votre goût. »

Amélie croisa son regard, défiant. « C'est une cage dorée, Gabriel. Rien de plus. »

Un sourire froid effleura ses lèvres. « C'est une question de perspective, ma chère. Certains considèrent les cages comme des refuges. »

« Je ne suis pas un oiseau, » rétorqua Amélie, la voix tremblante de colère. « Je suis une femme. Et je ne serai jamais votre prisonnière. »

Gabriel s'approcha, lentement, délibérément, jusqu'à ce qu'il se tienne à quelques centimètres d'elle. Son parfum, un mélange enivrant de cuir et d'épices, l'envahit, la désorientant. « Vous l'êtes déjà, Amélie. Votre père a fait un choix. Et maintenant, vous devez en assumer les conséquences. »

Il leva la main et effleura sa joue du bout des doigts. Un contact léger, presque imperceptible, mais qui la fit frissonner de dégoût. « Je suis un homme patient, Amélie. Mais je suis aussi un homme qui obtient toujours ce qu'il veut. Et je vous veux. »

Amélie recula, se cognant contre le mur. La panique montait en elle, la submergeant comme une vague. Elle devait s'échapper. Elle devait trouver un moyen de se libérer de cet homme, de ce lieu, de ce destin qu'elle refusait d'accepter.

« Vous ne m'aurez jamais, » murmura-t-elle, sa voix à peine audible. « Jamais. »

Gabriel rit, un son froid et dénué d'humour. « Ne soyez pas si sûre de vous, Amélie. Nous avons beaucoup de temps devant nous. Et je suis très persuasif. »

Il se pencha plus près, son souffle chaud contre son oreille. « Très persuasif, en effet. »

Il se redressa et recula de quelques pas.

« Préparez-vous, Amélie. Ce soir, nous dînons ensemble. Et je vous assure que ce sera une soirée… mémorable. »

Gabriel quitta la pièce, la laissant seule, tremblante, avec la certitude que sa vie venait de basculer dans un cauchemar sans fin. Elle regarda autour d’elle, cherchant désespérément une issue. Ses yeux se posèrent sur le balcon, donnant sur les jardins qui descendaient vers la mer. Une idée folle, désespérée, germa dans son esprit.

Plus tard, alors que le soleil commençait à se coucher, baignant la Côte d'Azur d'une lumière dorée, Amélie se tenait sur le balcon, regardant la mer. Elle avait changé la robe de soie ivoire pour une simple robe noire qu'elle avait trouvée dans le dressing. Elle avait l'air plus jeune ainsi, plus innocente, mais le regard dans ses yeux était tout sauf naïf. Elle avait pris une décision.

Le vent marin lui fouettait le visage, portant avec lui le parfum salé de l'océan. Elle ferma les yeux, inspirant profondément, essayant de calmer les battements affolés de son cœur. Elle savait que ce qu'elle s'apprêtait à faire était dangereux, peut-être même suicidaire. Mais elle préférait mourir plutôt que de devenir la propriété de Gabriel de Picard.

Elle ouvrit les yeux et regarda le vide. La mer était loin en contrebas, les rochers acérés semblant l'attendre comme des crocs acérés. Une inspiration profonde. Un pas en avant.

Un cri strident déchira le silence. « Amélie ! »

Elle se retourna brusquement. Gabriel se tenait à l'entrée du balcon, le visage déformé par une rage noire. Il courut vers elle, les bras tendus. Mais il était trop tard.

Amélie sourit. Un sourire triste, résigné, mais aussi plein de défi.

Et elle sauta.

Le vent hurla à ses oreilles. La terre se rapprochait à une vitesse vertigineuse. Elle ferma les yeux, attendant l'impact, la douleur, la mort. Mais au lieu de cela, elle sentit une forte main agripper son bras. Une main qui la tira en arrière, la ramenant à la réalité.

Elle ouvrit les yeux. Gabriel la tenait fermement, son visage à quelques centimètres du sien. Ses yeux étaient remplis d'une fureur froide, glaciale, qui lui fit frissonner le sang dans les veines.

« Vous êtes folle ! » rugit-il, sa voix rauque de colère et de peur. « Folle ! »

Amélie le regarda, le souffle court, le corps tremblant. Elle avait échoué. Elle était toujours sa prisonnière.

« Pourquoi ? » murmura-t-elle, les larmes coulant sur ses joues. « Pourquoi m'avez-vous sauvée ? »

Gabriel serra sa prise sur son bras, la serrant jusqu'à lui faire mal. Ses yeux se plissèrent, devenant des fentes d'acier. « Parce que vous ne m'échapperez pas si facilement, Amélie. Vous m'appartenez. Et je ne laisse personne gâcher ce qui m'appartient. »

Il la tira brutalement à l'intérieur du balcon, la traînant à travers la pièce comme une poupée de chiffon. Elle essaya de se débattre, de se libérer, mais sa force était bien supérieure à la sienne.

Il la jeta sur le lit, la surplombant de toute sa hauteur. Sa respiration était rapide, saccadée, sa poitrine se soulevant et s'abaissant violemment. Amélie le regarda avec horreur, sachant ce qui allait suivre.

« Ce soir, » dit-il, sa voix basse et menaçante, « vous apprendrez ce que signifie être à moi. Ce soir, vous comprendrez que vous n'avez aucun pouvoir ici. Aucun. »

Il baissa la tête et l'embrassa. Un baiser brutal, possessif, qui ne laissait aucune place à la tendresse ou à l'affection. Un baiser qui était une déclaration de guerre. Un baiser qui scellait son destin. Amélie ferma les yeux, les larmes coulant librement, se préparant au pire. Mais au lieu de continuer son assaut, Gabriel se redressa brusquement. Il la fixa intensément, ses yeux sombres comme l'orage.

« Non, » dit-il, sa voix soudainement rauque et pleine d'une étrange tension. « Pas comme ça. »

Il recula, comme s'il était brûlé par sa propre action. Il passa une main dans ses cheveux, visiblement perturbé. Amélie le regarda, confuse et effrayée.

« Le dîner est annulé, » dit-il finalement, d'une voix monotone. « Reposez-vous. »

Il se tourna et quitta la pièce, la laissant seule, tremblante, avec plus de questions que de réponses. Elle resta allongée sur le lit, le corps endolori, l'esprit confus. Pourquoi avait-il arrêté ? Qu'est-ce qui avait changé ? Elle ne comprenait pas. Et cette incompréhension était encore plus terrifiante que la violence qu'elle avait redoutée.

Le lendemain matin, Amélie se réveilla avec un sentiment d'appréhension. Le soleil brillait à travers les rideaux, illuminant la pièce d'une lumière douce et trompeuse. Tout semblait normal, paisible, comme si la nuit précédente n'avait été qu'un mauvais rêve. Mais elle savait que ce n'était pas le cas. Elle savait que le danger était toujours là, tapi dans l'ombre, attendant son heure.

Elle se leva et se dirigea vers la fenêtre. Elle regarda les jardins, la mer, l'horizon lointain. Elle se sentait piégée, isolée, désespérée. Elle devait trouver un moyen de s'échapper. Mais comment ? Gabriel la surveillait de près. Chaque mouvement était observé, chaque tentative de fuite serait immédiatement déjouée.

Soudain, elle remarqua quelque chose d'étrange dans les jardins. Un homme, vêtu d'un uniforme de jardinier, semblait la regarder. Il lui fit un signe discret de la main, puis se tourna et s'éloigna. Amélie fronça les sourcils. Qui était cet homme ? Et que voulait-il ?

Elle décida de découvrir ce qui se passait. Elle quitta la chambre et se dirigea vers les jardins. Elle savait que c'était risqué, mais elle ne pouvait pas rester passive, attendant que Gabriel décide de son sort. Elle devait agir, prendre le contrôle de sa vie, même si cela signifiait se mettre en danger.

Elle arriva dans les jardins et chercha l'homme en uniforme de jardinier. Elle le trouva près de la fontaine, en train de tailler des roses. Elle s'approcha de lui, le cœur battant la chamade.

« Excusez-moi, » dit-elle, d'une voix hésitante. « Êtes-vous… est-ce vous qui m'avez fait signe ? »

L'homme se redressa et la regarda. Ses yeux étaient bleus, perçants, et il avait un air étrangement familier. « Mademoiselle Roche, » dit-il, d'une voix douce et rassurante. « Je m'appelle Jean. Et je suis là pour vous aider. »

Amélie le regarda, incrédule. « M'aider ? Comment ? »

Jean se pencha plus près et murmura : « Je travaille pour votre père. Il m'a envoyé pour vous sortir d'ici. »

Amélie sentit un espoir timide naître en elle. Son père ne l'avait donc pas complètement abandonnée. Il y avait encore une chance.

« Comment allons-nous faire ? » demanda-t-elle, les yeux brillants d'excitation. « Gabriel me surveille constamment. »

Jean sourit. Un sourire énigmatique, plein de promesses. « Nous avons un plan, Mademoiselle. Un plan qui vous permettra de quitter cet endroit sans que personne ne s'en aperçoive. Mais vous devrez me faire confiance. Et vous devrez être courageuse. »

Amélie hocha la tête, déterminée. « Je vous fais confiance, Jean. Dites-moi ce que je dois faire. »

Jean se pencha encore plus près et lui murmura le plan à l'oreille. Amélie l'écouta attentivement, le cœur battant la chamade. Le plan était audacieux, risqué, mais c'était sa seule chance de s'échapper.

« Êtes-vous prête à le faire ? » demanda Jean, la regardant droit dans les yeux.

Amélie prit une profonde inspiration et hocha la tête. « Je suis prête. »

« Alors, » dit Jean, avec un sourire sinistre, « commençons. » Il se retourna et donna un léger coup de sifflet. Presque instantanément, deux hommes sortirent des buissons et se tinrent derrière Jean, tous deux armés.

Amélie recula d'un pas, les yeux écarquillés. « Qui… qui sont ces hommes ? »

Jean se tourna vers elle, et Amélie vit alors que le bleu de ses yeux n'avait rien de rassurant. Ils étaient froids, calculateurs, impitoyables. « Ce sont mes associés, Mademoiselle Roche. Et ils sont ici pour s'assurer que vous coopérez pleinement. Vous voyez, votre père a peut-être pensé qu'il pouvait me payer pour vous sortir d'ici, mais il a commis une grave erreur. Je ne travaille pour personne d'autre que moi-même. Et maintenant, vous allez me rapporter beaucoup plus d'argent que ce qu'il m'a offert. »

Amélie réalisa alors l'étendue de son erreur. Elle avait fait confiance au mauvais homme. Elle avait sauté de la poêle pour tomber dans le feu. Elle était piégée. Et cette fois, il n'y avait aucune issue.

« Vous ne vous en tirerez pas, » dit-elle, sa voix tremblante de peur et de rage. « Gabriel vous retrouvera. Il vous tuera. »

Jean rit. Un rire froid, glaçant, qui lui fit frissonner le sang dans les veines. « Gabriel ? Il ne saura jamais ce qui s'est passé. Et même s'il le savait, il serait trop tard. Vous serez déjà loin, en train de travailler pour moi. »

Il fit un signe de tête à ses hommes. Ils s'approchèrent d'Amélie et la saisirent brutalement. Elle essaya de se débattre, de crier, mais ils la bâillonnèrent et l'emmenèrent de force. Elle se débattit de toutes ses forces, mais c'était inutile. Elle était leur prisonnière. Et elle savait que sa vie venait de prendre une tournure encore plus sombre et désespérée. Alors qu'elle était entraînée à travers les jardins, elle jeta un dernier regard vers le manoir. Elle vit Gabriel sur le balcon, la regardant avec un regard sombre et inexpressif. Elle ne savait pas s'il avait vu ce qui s'était passé, mais elle savait qu'il finirait par le savoir. Et quand il le saurait, il viendrait la chercher. Mais serait-il trop tard ?