Le goût amer du sang sur tes lèvres

Chapter 1 — Le goût amer du sang sur tes lèvres

Le champagne pétillait à peine sur ma langue, mais c'était le goût du sang qui dominait. Une saveur métallique, âcre, inoubliable. Le sang de mon père. Encore chaud.

La salle de bal, un instant plus tôt illuminée par les lustres en cristal et les sourires hypocrites, était maintenant plongée dans un chaos silencieux. Les corps gisaient éparpillés comme des poupées brisées, leurs robes de soirée et leurs costumes impeccables tachés d'écarlate. La musique, une valse entraînante, s'était tue brutalement, remplacée par un bourdonnement assourdissant dans mes oreilles.

J'étais Adeline Deschamps, et jusqu'à il y a cinq minutes, j'étais l'héritière d'un empire bâti sur le crime, le luxe et le silence. Maintenant, j'étais seule. Ou presque.

Je sentais son regard sur moi. Un regard noir, perçant, qui semblait me dépouiller de toute pudeur, de toute force. Un regard que je connaissais trop bien. Il se tenait à l'entrée de la salle, une silhouette sombre se détachant sur le fond de la nuit marseillaise, sa présence irradiant une aura de danger palpable. Damien Rossi.

Il était le loup dans la bergerie, le prédateur venu réclamer son dû. L'ennemi juré de mon père. Et désormais… peut-être le mien.

« Adeline, » murmura-t-il, sa voix grave résonnant dans le silence. « Ton père a fait une erreur. Une erreur qu'il a payée de sa vie. »

Je serrai les poings, les ongles s'enfonçant dans la paume de mes mains. La peur me lacérait, mais je refusais de la laisser me paralyser. J'étais une Deschamps, après tout. Le sang de mon père coulait dans mes veines, un sang aussi impitoyable que le sien.

« Vous n'aurez rien, Rossi, » crachai-je, ma voix tremblant à peine. « Rien de ce qui appartient à ma famille. »

Un sourire lent et cruel se dessina sur ses lèvres. Un sourire qui me glaça le sang.

« Tu te trompes, Adeline. J'ai déjà tout ce que je veux. »

Il fit un signe de tête à ses hommes, qui s'avancèrent, leurs armes pointées dans ma direction. Je savais que c'était la fin. La fin de mon ancienne vie. La fin de mon innocence.

Mais au moment où ils s'apprêtaient à me saisir, une voix retentit, forte et claire, brisant la tension suffocante.

« Laissez-la tranquille, » ordonna une femme, surgissant de l'ombre. Elle était grande, élégante, avec des cheveux noirs corbeau et des yeux d'un bleu glacial. Elle portait un manteau de fourrure blanche qui contrastait violemment avec la scène de carnage qui l'entourait.

Damien Rossi fronça les sourcils, visiblement surpris. « Qui êtes-vous ? » demanda-t-il, sa voix empreinte d'une méfiance palpable.

La femme sourit, un sourire énigmatique qui ne laissait rien transparaître de ses intentions.

« Je suis une amie, » répondit-elle, en me regardant droit dans les yeux. « Une amie qui va t'aider, Adeline. »

Je la regardai, incrédule. Qui était cette femme ? Et pourquoi voulait-elle m'aider ? Je ne comprenais rien. Tout ce que je savais, c'est que ma vie venait de basculer dans une spirale de violence et de trahison dont je ne voyais pas l'issue.

La Côte d'Azur, autrefois synonyme de glamour et de luxe, était désormais un champ de bataille où seule la loi du plus fort régnait. Et j'étais sur le point de découvrir à quel point j'étais vulnérable.

Les jours qui suivirent furent un tourbillon de menaces, de négociations et de trahisons. J'appris vite les règles du jeu, les règles impitoyables de la mafia. Je découvris des alliés inattendus, des ennemis insoupçonnés et des secrets enfouis qui auraient dû rester cachés.

La femme au manteau de fourrure, qui se présentait comme Héloïse Deschamps (aucun lien de parenté, insistait-elle), devint mon mentor, mon guide dans ce monde obscur et dangereux. Elle m'apprit à manier les armes, à déjouer les pièges, à manipuler les hommes.

« La seule façon de survivre dans ce milieu, Adeline, c'est d'être plus impitoyable qu'eux, » me disait-elle souvent, ses yeux brillants d'une lueur froide. « La pitié est une faiblesse. La faiblesse est une mort certaine. »

Je m'accrochais à ses paroles comme à une bouée de sauvetage. Je savais que si je voulais venger la mort de mon père et protéger ce qui m'appartenait, je devais devenir cette femme impitoyable qu'elle me conseillait d'être.

Mais au fond de moi, une petite voix me hurlait de résister. Une voix qui me rappelait que j'étais toujours Adeline Deschamps, la jeune fille qui rêvait d'amour et de bonheur, pas une machine à tuer.

La guerre entre les Deschamps et les Rossi était loin d'être terminée. Elle ne faisait que commencer. Et j'étais au centre de la tempête, prise entre mon désir de vengeance et mon besoin désespéré d'échapper à ce monde de violence.

Un soir, alors que j'étais assise dans mon bureau, à étudier les plans de nos opérations, Héloïse entra, le visage grave.

« Nous avons un problème, Adeline, » dit-elle. « Damien Rossi a découvert ton point faible. »

Je la regardai, le cœur battant la chamade. Quel était mon point faible ? Qu'avait-il découvert ?

« Il sait pour lui, » continua Héloïse, sa voix tremblant légèrement. « Il sait pour… Clément. »

Un frisson me parcourut l'échine. Clément. Mon amour de jeunesse. Mon secret le mieux gardé. Celui que j'avais cru protégé de ce monde de violence.

« Comment… comment le sait-il ? » balbutiai-je, incapable de former une phrase cohérente.

Héloïse haussa les épaules, un air désolé sur le visage.

« Peu importe comment il le sait. Ce qui compte, c'est qu'il va s'en servir. Il va s'en servir pour te détruire, Adeline. »

Elle s'approcha de moi et posa une main sur mon épaule.

« Tu dois le protéger, Adeline. Tu dois le mettre hors de portée de Rossi. Sinon… »

Elle n'eut pas besoin de finir sa phrase. Je savais ce qui arriverait sinon. Clément serait une cible. Un pion dans la guerre impitoyable entre les Deschamps et les Rossi.

Je fermai les yeux, sentant les larmes me monter aux yeux. J'étais piégée. Coincée entre mon devoir et mon cœur. Entre ma vengeance et mon amour.

« Où est-il ? » demandai-je, la voix brisée.

Héloïse hésita un instant, puis me répondit :

« Il est à Paris, Adeline. Il travaille comme chef dans un petit restaurant du Marais. Il ne sait rien de tout ça. Il croit que tu es… partie. »

Je savais ce que je devais faire. Je devais aller le chercher. Je devais le protéger. Même si cela signifiait tout perdre. Même si cela signifiait… le revoir.

« Préparez une voiture, » ordonnai-je, me levant brusquement. « Je pars pour Paris. »

Héloïse me regarda, inquiète.

« Tu es sûre de vouloir faire ça, Adeline ? C'est un piège. Rossi s'attend à ce que tu viennes. »

Je hochai la tête, déterminée.

« Je n'ai pas le choix, Héloïse. Je ne peux pas le laisser entre ses mains. »

Je savais que c'était une folie. Que je fonçais droit dans la gueule du loup. Mais je ne pouvais pas faire autrement. Clément était ma seule lueur d'espoir dans ce monde de ténèbres. Et j'étais prête à tout pour le protéger.

Alors que je montais dans la voiture, le cœur battant la chamade, je sentis une main se poser sur mon bras.

C'était Lorenzo, mon garde du corps le plus fidèle, un homme taciturne et impitoyable qui avait juré de me protéger coûte que coûte.

« Mademoiselle Adeline, » dit-il, sa voix grave empreinte d'une inquiétude palpable. « Je dois vous dire quelque chose. »

Je le regardai, interrogative. Qu'est-ce qu'il y avait encore ? Quoi d'autre pouvait mal tourner ?

« J'ai intercepté un message, » continua Lorenzo, son regard fuyant le mien. « Un message de Damien Rossi. Il dit… il dit qu'il sait qu'Clément n'est pas seul à Paris. »

Je sentis le sang se glacer dans mes veines. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Qui d'autre était avec Clément ?

Lorenzo prit une profonde inspiration, puis me révéla l'impensable :

« Il dit qu'Clément a une fille, Mademoiselle Adeline. Une petite fille de cinq ans. »

Un choc violent me traversa. Une fille ? Clément avait une fille ? Et je n'en savais rien ?

Je réalisai soudain l'ampleur du piège dans lequel j'étais tombée. Rossi ne se contentait pas de menacer Clément. Il menaçait aussi sa fille. Mon sang se glaça dans mes veines.

La voiture démarra en trombe, filant vers Paris dans la nuit noire. J'étais en route pour un enfer que je n'aurais jamais pu imaginer. Et je savais, au fond de moi, que je ne serais plus jamais la même.

Qui était cette petite fille ? Et comment allais-je la protéger de la cruauté impitoyable de Damien Rossi ? La réponse à ces questions se trouvait à Paris, dans les bras d'Clément, mon amour perdu. Un amour qui, je le savais maintenant, allait me coûter très cher.