Collision à la Tour Montparnasse

Chapter 1 — Le Goût Amer des Premières Impressions

Le champagne avait un goût de cendre dans la bouche de Émilie, bien que le Dom Pérignon soit censé évoquer des notes de brioche et de noisette. Elle observa Bastien de Montaigne, son ennemi juré, traverser la salle avec une arrogance qui lui vrillait l'estomac. Ce mariage, le sien avec le fils aîné des Maillard, était une mascarade, une trêve temporaire dans une guerre de succession vieille de plusieurs générations.

La propriété viticole des Maillard et celle des Lemoine, les deux plus grands noms du Champagne, étaient inextricablement liées par la terre, le climat et une rivalité acharnée. Émilie, héritière des Lemoine, avait passé sa vie à détester tout ce que représentaient les Montaigne. Et Bastien, avec son sourire narquois et ses yeux bleu acier, incarnait cette aversion à la perfection.

Elle ajusta la traîne de sa robe Valentino, une déclaration silencieuse de sa propre puissance, et força un sourire pour sa future belle-mère, Madame Maillard, une femme imposante aux cheveux couleur argent et au regard perçant. « Vous êtes absolument radieuse, Émilie, » dit-elle, sa voix douce ne parvenant pas à masquer le tranchant de ses paroles. « J'espère que vous comprenez l'importance de cette union pour nos familles. »

« Bien sûr, Madame Maillard, » répondit Émilie, sa voix mielleuse. « L'avenir de nos domaines repose sur mes épaules. » Elle savait que Madame Maillard, comme son fils, la considérait comme un simple pion dans leur jeu d'échecs élaboré. Mais Émilie avait ses propres pions, ses propres stratégies, et elle n'avait aucune intention de se laisser manipuler.

Bastien s'approcha d'elles, son sourire s'élargissant lorsqu'il croisa le regard de Émilie. « Émilie, ma chère future belle-sœur, » dit-il, sa voix veloutée. « Vous illuminez la pièce. »

Émilie lui offrit un sourire qui ne reflétait aucune chaleur. « Bastien. Toujours aussi charmant. »

« Charmant et sincère, » répondit-il, ses yeux brillant d'amusement. « Je suis impatient de vous accueillir dans la famille. »

« Je suis sûre que vous l'êtes, » répliqua Émilie, le venin à peine dissimulé dans sa voix. La tension entre eux était palpable, une décharge électrique qui crépitait dans l'air. Madame Maillard observa l'échange avec un intérêt non dissimulé, un sourire satisfait se dessinant sur ses lèvres.

La cérémonie se déroula comme dans un rêve, un mélange étourdissant de formalités, de sourires forcés et de promesses vides. Émilie se tenait aux côtés de Philippe Maillard, son futur époux, un homme fade et prévisible qui semblait plus intéressé par les dividendes potentiels de leur union que par elle. Elle sentit le regard d'Bastien sur elle, lourd et insistant, et elle fit de son mieux pour l'ignorer.

La réception était un tourbillon de conversations insignifiantes, de toasts pompeux et de musique assourdissante. Émilie se sentait comme un oiseau en cage, piégée par les attentes et les obligations. Elle aperçut son père, Monsieur Lemoine, à l'autre bout de la salle, son visage grave et inquiet. Elle lui fit un signe discret de la tête, lui assurant qu'elle allait bien, même si c'était un mensonge.

Elle se fraya un chemin jusqu'à la terrasse, cherchant un moment de répit. L'air frais de la nuit lui fit du bien, apaisant temporairement la migraine qui commençait à la menacer. Elle admira la vue imprenable sur les vignes, les rangées de ceps s'étendant à perte de vue sous la lumière de la lune.

« Magnifique, n'est-ce pas ? » dit une voix derrière elle. Émilie se retourna et trouva Bastien appuyé contre la balustrade, un verre de vin à la main.

« C'est la seule chose de magnifique dans cette soirée, » répondit Émilie, sans détour.

Bastien sourit. « Vous êtes trop dure, Émilie. Après tout, c'est une célébration. »

« Une célébration de la cupidité et de la manipulation, » corrigea Émilie. « Ne faites pas semblant d'être naïf, Bastien. Vous savez aussi bien que moi que ce mariage n'a rien à voir avec l'amour. »

« Peut-être, » dit Bastien, ses yeux brillant d'une lueur étrange. « Mais l'amour peut parfois naître dans les endroits les plus inattendus. »

Émilie ricana. « Ne vous faites pas d'illusions, Bastien. Il n'y aura jamais d'amour entre nous. »

« Jamais est un mot bien grand, » répondit Bastien, se rapprochant d'elle. « Surtout quand il s'agit des Lemoine et des Montaigne. »

Elle sentit son souffle chaud sur sa peau, et un frisson désagréable la parcourut. Elle détestait la façon dont il l'affectait, la façon dont sa simple présence pouvait la déstabiliser. Elle recula d'un pas, essayant de se distancer de lui.

« Restez loin de moi, Bastien, » dit-elle, sa voix tremblante.

« Pourquoi ? » demanda-t-il, un sourire moqueur sur ses lèvres. « Avez-vous peur de ce qui pourrait arriver si nous nous rapprochions trop ? »

« Je n'ai peur de rien, » répondit Émilie, mentant effrontément.

« Vraiment ? » Bastien s'approcha encore, la coinçant contre la balustrade. Elle pouvait sentir la chaleur de son corps, l'odeur enivrante de son parfum. Elle ferma les yeux, essayant de se calmer.

« Ouvrez les yeux, Émilie, » dit-il, sa voix basse et rauque. « Regardez-moi. »

Elle hésita, puis ouvrit les yeux. Elle plongea dans le bleu intense de son regard, et elle sentit un vertige la submerger. Il y avait quelque chose dans ses yeux, quelque chose qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Quelque chose qui l'attirait, malgré elle.

Il se pencha plus près, son souffle effleurant ses lèvres. Elle sentit son cœur battre la chamade dans sa poitrine. Elle savait qu'elle devait le repousser, qu'elle devait s'éloigner de lui. Mais elle était incapable de bouger. Elle était paralysée, hypnotisée par son regard.

« Bastien… » murmura-t-elle, sa voix à peine audible.

Il ne répondit pas. Il se pencha encore plus, et leurs lèvres se touchèrent.

Un bruit de verre brisé retentit derrière eux. Ils se séparèrent brusquement et se retournèrent. Philippe Maillard se tenait à quelques mètres d'eux, son visage rouge de colère. Il tenait un morceau de verre brisé dans sa main, et ses yeux étaient fixés sur Émilie.

« Qu'est-ce que cela signifie ? » demanda-t-il, sa voix tremblante de rage. « Expliquez-vous, Émilie. »

Émilie regarda Bastien, puis Philippe. Elle savait que sa vie venait de basculer. Elle avait pris une décision, même si elle ne l'avait pas fait consciemment. Elle avait choisi. Mais quel serait le prix de son choix ?