La Vengeance Cousue d'Or

Chapter 1 — Le Goût Amer des Roses Fanées

Le parfum des roses, autrefois symbole de notre amour, me poignarde désormais le cœur. Cinq ans. Cinq longues années que j'ai passé à essayer d'effacer chaque souvenir, chaque effleurement, chaque baiser volé à Fabien. Mais l'élégance de cette boutique de fleuriste, nichée au cœur du Marais, réveille tout, brutalement.

Je me suis pourtant jurée de ne plus jamais remettre les pieds à Paris. De reconstruire ma vie, loin, très loin de l'ombre de cet homme qui m'a brisée. Lyon était mon refuge, mon nouveau départ. Une galerie d'art florissante, des amis sincères, une vie, enfin, apaisée. Mais une opportunité unique s'est présentée : une exposition de mes œuvres à Paris, la chance d'être reconnue par le milieu artistique. Comment refuser ?

« Bonjour, Madame », une voix douce me tire de mes pensées. Une jeune femme, le visage encadré de boucles châtain clair, me sourit. « Puis-je vous aider ? »

« Euh, non, merci. Je regarde juste », bredouillé-je, mal à l'aise. Je fais mine d'admirer un arrangement de lys blancs, mais mon regard est irrésistiblement attiré par un bouquet de roses rouges, opulentes et provocantes, presque identiques à celles qu'Fabien m'offrait à chaque anniversaire.

Il connaissait mon amour des roses. Il savait comment me toucher, comment me faire chavirer. Fabien… son nom résonne comme un écho douloureux dans mon esprit.

Nous nous sommes rencontrés lors d'une soirée caritative, il y a dix ans. Lui, jeune avocat prometteur, moi, étudiante en arts, timide et idéaliste. Nos regards se sont croisés, et le monde a basculé. Une passion dévorante, un amour fou, un mariage de rêve dans un château de la Loire. Tout était parfait, trop parfait peut-être.

La réalité nous a rattrapés. Les ambitions d'Fabien ont pris le dessus. Les longues heures au travail, les voyages d'affaires, les absences répétées. La communication s'est étiolée, les silences se sont installés, les reproches ont fusé. Et puis, il y a eu cette autre femme.

Je me souviens encore de la soirée où j'ai découvert la vérité. Un message sur son téléphone, une photo compromettante, des mots doux qui n'étaient plus destinés à moi. Le sol s'est dérobé sous mes pieds. Mon monde s'est écroulé.

Le divorce a été rapide, froid, implacable. Fabien n'a pas cherché à se justifier, à se faire pardonner. Il était déjà ailleurs, dans les bras d'une autre. J'ai quitté Paris le cœur brisé, emportant avec moi les débris de mon rêve.

« Madame ? Tout va bien ? Vous êtes pâle », s'inquiète la jeune fleuriste. Je lui adresse un sourire forcé.

« Oui, oui, tout va bien. Excusez-moi. »

Je me précipite vers la sortie, l'air irrespirable dans mes poumons. Il faut que je m'éloigne de ces roses, de ces souvenirs, de cette ville qui me rappelle tant de souffrances.

Dehors, l'air frais de la soirée parisienne me revigore un peu. Je me dirige vers mon hôtel, un petit boutique-hôtel discret dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. J'ai besoin de me reposer, de me ressourcer avant le vernissage de demain.

Ma chambre est sobre et élégante, avec une vue imprenable sur les toits de Paris. Je m'approche de la fenêtre et contemple la ville lumière, scintillante et mystérieuse. Paris… ville de l'amour, ville de la trahison.

Je sors mon téléphone et compose le numéro de Léa, ma meilleure amie. Sa voix chaleureuse me réconforte instantanément.

« Alors, comment s'est passé ton arrivée à Paris ? » me demande-t-elle.

« Difficile », avoué-je. « J'ai été submergée par les souvenirs. »

« Je comprends. Mais tu es forte, Hortense. Tu vas y arriver. Pense à ton exposition, à ton succès. »

« Je sais », dis-je, essayant de me convaincre moi-même. « Mais… j'ai peur. »

« Peur de quoi ? »

« Peur de le revoir », soufflé-je, la voix tremblante.

Un silence s'installe entre nous. Léa sait à quel point la simple pensée de croiser Fabien me terrifie.

« Écoute, Hortense », reprend-elle doucement. « Tu as refait ta vie. Tu es une artiste reconnue, une femme indépendante. Il n'a plus de pouvoir sur toi. »

« Je voudrais tellement y croire », dis-je, les larmes aux yeux.

Nous restons encore un moment au téléphone, à parler de tout et de rien. Sa présence, même virtuelle, m'apaise. Après avoir raccroché, je me prépare pour la nuit. Je prends une douche chaude, enfile mon pyjama en soie et me glisse sous les draps.

Mais le sommeil tarde à venir. Les images du passé défilent dans ma tête : Fabien, son sourire, ses bras autour de moi, ses mots d'amour… et puis, la trahison, la douleur, le vide.

Finalement, je finis par m'endormir, épuisée. Mais mon sommeil est agité, peuplé de cauchemars. Je me revois dans cette boutique de fleuriste, entourée de roses rouges, tandis qu'une voix murmure mon nom.

Le lendemain matin, je me réveille avec une sensation étrange, un pressentiment. Je me lève, prends mon petit-déjeuner et me prépare pour le vernissage. Je veux être impeccable, forte, inatteignable.

En sortant de l'hôtel, je suis interpellée par un voiturier.

« Madame Vasseur ? » me demande-t-il.

« Oui, c'est moi. »

« J'ai un message pour vous. » Il me tend une enveloppe blanche, sans nom ni adresse. Je la prends, intriguée.

« De la part de qui ? » demandé-je.

« Je ne sais pas, Madame. On m'a juste dit de vous la remettre. »

Je le remercie et m'éloigne, le cœur battant. Je déchire l'enveloppe et déplie le papier. Une seule phrase, manuscrite, calligraphiée avec une élégance que je reconnaîtrais entre mille.

*« Bienvenue à nouveau à Paris, Hortense. J'ai hâte de te revoir.»*

Signé, une simple initiale : *A.*