La Rivale de l'Assemblée
Chapter 1 — Le Prix du Silence
Le premier regard qu'Adrienne posa sur lui fut à travers une lunette de fusil. Il se tenait sur le balcon de sa villa à Saint-Tropez, le soleil couchant embrasant ses cheveux d'or sale, un verre de vin rouge à la main. Il avait l'air d'un dieu, un dieu arrogant et inaccessible, et elle avait pour mission de faire tomber cet empire qu'il avait érigé.
Adrienne Bernard n'était pas une tueuse à gages, du moins pas au sens littéral du terme. Elle était une journaliste d'investigation, la meilleure de sa génération, et elle avait un flair infaillible pour déterrer les secrets les mieux enfouis. Et le secret le mieux gardé de tous, celui qui avait échappé à tous les regards pendant des années, était le véritable visage de Julian Devereux.
L'enquête avait commencé comme une simple affaire de blanchiment d'argent, mais elle avait rapidement révélé un réseau complexe de corruption, de trafic d'influence et de crimes bien plus graves. Julian Devereux était au centre de tout cela, un homme d'affaires prospère, philanthrope respecté et figure incontournable de la jet-set. Mais Adrienne savait qu'il était bien plus que cela. Elle savait qu'il était un monstre.
Elle avait passé des mois à infiltrer son cercle, à gagner la confiance de ses associés, à collecter des preuves. Elle avait changé son nom, son apparence, sa vie entière pour se fondre dans ce monde de luxe et de décadence. Elle s'était fait engager comme serveuse lors d'une soirée privée à sa villa, l'occasion parfaite pour s'approcher de lui et obtenir les informations qu'elle recherchait.
La villa Devereux était un écrin de verre et d'acier surplombant la Méditerranée. Le luxe y était ostentatoire, presque vulgaire. Des œuvres d'art hors de prix ornaient les murs, des lustres en cristal illuminaient les pièces, et le champagne coulait à flots. Adrienne se fraya un chemin à travers la foule, un plateau de verres à la main, observant chaque détail, écoutant chaque conversation.
Elle le vit enfin. Il était là, au milieu du salon, entouré d'une cour de flagorneurs. Son sourire était charmeur, mais ses yeux étaient froids, impénétrables. Elle sentit un frisson lui parcourir l'échine. Elle savait qu'elle jouait avec le feu, mais elle était prête à tout pour faire éclater la vérité.
Elle s'approcha de lui, feignant de trébucher. Le plateau bascula, les verres se brisèrent sur le sol dans un fracas assourdissant. Le silence se fit instantanément. Tous les regards se tournèrent vers elle.
« Oh, mon Dieu, je suis tellement désolée ! » balbutia-t-elle, les joues rouges de honte.
Julian Devereux la dévisagea, un sourire amusé sur les lèvres. « Pas de mal, mademoiselle… ? »
« Adrienne. Adrienne Bernard. »
« Adrienne Bernard… un nom charmant. » Il s'accroupit et ramassa un éclat de verre. « Vous travaillez ici depuis longtemps ? »
« Non, c'est mon premier jour. »
« Je vois. Vous avez l'air… distraite. »
« Je suis juste… nerveuse. C'est un honneur de travailler pour vous, Monsieur Devereux. »
Il se releva, son regard perçant la fixant intensément. « L'honneur est pour moi, Adrienne. Je suis toujours ravi de rencontrer de nouveaux visages. Surtout des visages aussi… intéressants. » Il lui fit un clin d'œil et s'éloigna, la laissant plantée là, le cœur battant la chamade.
Elle savait qu'il la soupçonnait. Elle avait commis une erreur, une erreur qu'elle ne pouvait pas se permettre. Elle devait être plus prudente, plus intelligente. Elle n'avait qu'une seule chance de le coincer, et elle ne pouvait pas la gâcher.
Les jours suivants furent un jeu dangereux de chat et de souris. Adrienne continuait à travailler à la villa, observant Julian Devereux, cherchant une faille dans son armure. Il la surveillait de près, ses yeux sombres la suivant partout. Elle sentait son emprise se resserrer autour d'elle, comme un serpent autour de sa proie.
Un soir, alors qu'elle nettoyait le bureau de Devereux après une réunion tardive, elle remarqua un tiroir entrouvert. La curiosité l'emporta sur la prudence. Elle jeta un coup d'œil à l'intérieur. Elle vit un dossier épais, étiqueté « Projet Oméga ». Son cœur fit un bond. Elle savait que c'était là, la clé de tout. La preuve irréfutable de ses crimes.
Elle sortit le dossier et commença à le feuilleter. Les documents étaient cryptés, mais elle reconnut des noms, des dates, des montants. Elle sentit l'adrénaline monter en elle. Elle était sur le point de tout découvrir.
Soudain, elle entendit un bruit derrière elle. Elle se retourna. Julian Devereux était dans l'embrasure de la porte, un sourire glacial sur les lèvres. Dans sa main, il tenait un pistolet.
« Alors, Adrienne, on fouine ? » demanda-t-il d'une voix dangereusement calme.