L'Inconnue du Train de Nuit
Chapter 1 — Le Secret Murmuré de la Villa des Ombres
Le goût du sang, métallique et amer, persistait sur mes lèvres. Pas le mien, bien sûr. Le mien, je l'avais versé en silence, goutte après goutte, pendant des années. Celui-ci appartenait à un homme que je ne connaissais pas, un homme dont la seule erreur avait été de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Ou peut-être, la seule erreur était-ce d'avoir croisé mon chemin.
Je m'appelle Amélie Deschamps, et je suis une ombre. Une ombre qui hante les nuits scintillantes de la Côte d'Azur, une ombre qui danse au milieu des rires cristallins et des verres de champagne. Une ombre qui murmure des secrets à l'oreille de ceux qui pensent être intouchables. Mon travail? Assurer que certains secrets restent bien enfouis, à jamais inaccessibles.
La Villa des Ombres, comme on l'appelait, était mon sanctuaire. Une bâtisse imposante perchée sur les hauteurs de Nice, dominant la Méditerranée d'un regard froid et impitoyable. Ses murs de pierre blonde cachaient des pièces luxueuses, des couloirs labyrinthiques, et une histoire aussi sombre que l'encre. C'était ici que je me transformais, que je passais d'Amélie, la jeune femme discrète et effacée, à l'ombre impitoyable connue sous le nom de « La Faucheuse ». Un nom qui faisait trembler les puissants, un nom synonyme de justice… ou de vengeance, selon le point de vue.
Ce soir-là, la Villa bourdonnait d'une activité inhabituelle. Des hommes en costume sombre arpentaient les couloirs, leurs visages tendus et inquiets. Mon commanditaire, Monsieur Armand, un homme d'affaires influent et redouté, m'attendait dans le bureau ovale, son visage habituellement jovial ridé par l'anxiété.
« Amélie, ma chère, vous voilà enfin », dit-il, sa voix éraillée par la tension. « J'ai besoin de vos services, et je crains que cette affaire ne soit… délicate. »
Je pris place sur le fauteuil en cuir face à son bureau, mes yeux bleu acier fixés sur les siens. « Délicate comment, Monsieur Armand? »
Il soupira, passant une main tremblante dans ses cheveux grisonnants. « Il s'agit de… d'une fuite d'informations. Des informations confidentielles, compromettantes, qui pourraient ruiner ma réputation et bien d'autres. »
« Et vous voulez que je trouve la source de cette fuite? »
« Non, pas seulement. Je veux que vous mettiez fin à cette fuite. Définitivement. » Ses yeux se plissèrent, et je sentis un frisson me parcourir l'échine. Il ne parlait pas seulement de récupérer des documents.
« Vous me demandez de… »
« Je vous demande d'assurer ma tranquillité, Amélie. Par tous les moyens nécessaires. Le responsable se nomme Julian Chevalier. C'est un journaliste, ambitieux et fouineur. Il a mis la main sur des documents que je croyais bien cachés. Retrouvez-le. Faites ce qu'il faut. »
Julian Chevalier. Le nom résonna dans ma tête. Un journaliste. Un homme qui cherchait la vérité. Un homme qui, sans le savoir, venait de signer son arrêt de mort. Je détestais ces missions. Elles me rappelaient trop mon propre passé, le passé que j'essayais désespérément d'oublier. Mais je n'avais pas le choix. J'avais une dette envers Monsieur Armand, une dette que je devais payer, même si cela signifiait plonger mes mains dans le sang.
« Je m'en occupe, Monsieur Armand. »
Il esquissa un sourire pâle. « Je n'en doutais pas, Amélie. Je n'en doutais pas. »
Je quittai le bureau, le nom de Julian Chevalier gravé dans mon esprit. Je devais le trouver, le neutraliser, avant qu'il ne cause plus de dégâts. Mais quelque chose me chiffonnait. Un détail, une nuance dans la voix de Monsieur Armand, un regard fuyant. J'avais l'impression qu'il me cachait quelque chose, quelque chose d'important. Et cette intuition, je le savais, allait rendre cette mission beaucoup plus dangereuse que prévu.
Le lendemain matin, je me rendis à l'adresse connue de Julian Chevalier, un petit appartement délabré dans le vieux Nice. La porte était entrouverte. Un mauvais pressentiment me saisit. J'entrai, prudente, mon arme à la main. L'appartement était sens dessus dessous. Des papiers jonchaient le sol, des tiroirs étaient ouverts, des meubles renversés. Et au milieu de ce chaos, une silhouette gisait immobile. Julian Chevalier. Mort. Une balle dans la tête.
Mais ce n'était pas tout. Sur le mur, écrit avec le sang de la victime, un seul mot: « Ombre ».
Mon nom. Mon surnom. Un avertissement? Un piège? Soudain, j'entendis un bruit derrière moi. Je me retournai, prête à faire feu. Mais au lieu d'un assassin, je vis une jeune femme, les yeux écarquillés de terreur, un appareil photo à la main. Elle avait dû assister à la scène. Elle m'avait vue. Et maintenant, elle savait qui j'étais.
Elle ouvrit la bouche pour crier, mais avant qu'elle ne puisse émettre le moindre son, une autre silhouette surgit de l'ombre, un pistolet à la main. Un coup de feu claqua. La jeune femme s'effondra, raide morte. Et l'homme qui l'avait tuée se tourna vers moi, un sourire cruel sur les lèvres. Un homme que je connaissais trop bien. Un homme qui était censé être de mon côté. Un homme qui venait de me trahir.
« Bonsoir, Amélie », dit-il, sa voix glaciale résonnant dans l'appartement. « On dirait que les choses se compliquent. »