Nos Étés Perdus à Biarritz
Chapter 1 — Le goût amer des regrets
Le son strident de la sirène hurlait, déchirant le silence de la nuit étoilée. Capucine sentait le goût amer du champagne éventé dans sa gorge, un écho de la soirée qui venait de basculer dans le chaos. Elle avait tout perdu en une fraction de seconde, une simple glissade, un geste maladroit, et maintenant… le néant.
Trois ans. Trois longues années s'étaient écoulées depuis cette nuit fatidique sur la Côte d'Azur. Trois ans passés à se reconstruire, pierre par pierre, loin du glamour et des paillettes qui avaient autrefois défini son existence. Elle avait fui Paris, ses amis, sa famille, et surtout, lui. Loïc. Le simple fait de prononcer son nom était une torture, un rappel constant de ce qu'elle avait irrémédiablement brisé.
Elle travaillait maintenant comme fleuriste dans une petite boutique à Lyon, un monde à des années-lumière de la vie trépidante qu'elle avait connue. Les mains autrefois manucurées et ornées de bijoux étaient maintenant couvertes de terre et griffées par les épines des roses. Ironiquement, c'était dans ce jardin secret, loin des regards accusateurs, qu'elle avait trouvé une certaine forme de paix. Une paix fragile, toujours menacée par le souvenir lancinant d'Loïc.
« Mademoiselle Capucine, votre café est prêt, » annonça Madame Petit, sa patronne, une femme au cœur d'or qui avait pris Capucine sous son aile. Son visage était ridé par le soleil et les sourires, ses yeux pétillaient de malice. « Vous avez l'air perdue dans vos pensées, encore une fois. Laissez les souvenirs au passé, ma chérie. La vie est trop courte pour les regrets. »
Capucine esquissa un sourire las. « Facile à dire, Madame Petit. Certains souvenirs sont impossibles à effacer. » Elle prit la tasse fumante et inspira profondément l'arôme réconfortant du café. L'odeur lui rappelait les matins passés à Paris, dans l'appartement qu'elle partageait avec Loïc. Un frisson lui parcourut l'échine.
« Peut-être, » répondit Madame Petit, en la regardant avec une intensité particulière. « Mais le passé ne définit pas l'avenir. Vous avez le droit au bonheur, Capucine. Ne laissez pas la culpabilité vous consumer. »
Capucine savait qu'elle avait raison. Mais la culpabilité était une ombre tenace, collée à ses pas. Elle avait causé tellement de douleur, à elle-même, mais surtout à Loïc. Comment pouvait-elle espérer un nouveau départ, alors que le poids de ses actions passées l'écrasait à chaque instant ?
Un client entra dans la boutique, interrompant leurs réflexions. Un homme élégant, la quarantaine, un bouquet de lys à la main. « Bonjour, Mademoiselle, » dit-il avec un sourire charmant. « Je souhaiterais faire livrer ces fleurs à une certaine… Capucine Moreau. »
Le sang de Capucine se glaça dans ses veines. Moreau. Son nom de jeune fille. Comment cet homme pouvait-il connaître son nom ? Elle n'avait jamais utilisé son nom de famille à Lyon, de peur d'être reconnue.
« Bien sûr, Monsieur, » répondit-elle, essayant de masquer sa nervosité. « Puis-je avoir l'adresse, s'il vous plaît ? »
L'homme lui tendit une carte. Capucine la prit et laissa échapper un souffle coupé. L'adresse était celle de son appartement. Il savait où elle habitait. Il l'avait retrouvée.
« Y a-t-il un message à joindre au bouquet ? » demanda-t-elle, la voix tremblante.
L'homme sourit énigmatiquement. « Dites-lui simplement… qu'Loïc n'a jamais cessé de l'aimer. »