Le Mirage Doré de Monaco

Chapter 1 — L'Étreinte d'Obsidienne

Le champagne avait un goût de cendres. Joséphine de Beaumont fixa son reflet déformé dans le cristal, la lumière crue des lustres impitoyable sur ses traits tirés. Ce soir, elle vendrait son âme au diable, en la personne d'Dimitri Mercier, l'homme d'affaires le plus impitoyable de France.

Elle passa une main tremblante sur la soie mordorée de sa robe. Un cadeau de sa grand-mère, un souvenir d'une vie qu'elle était sur le point d'abandonner. « Respire, Joséphine », se murmura-t-elle. « Tu le fais pour eux. » Pour sa famille, ruinée par des dettes colossales, menacée de perdre leur domaine ancestral, le Château de Beaumont, écrin de leur histoire.

La porte s'ouvrit sans un bruit. Sa meilleure amie, Adèle, se tenait sur le seuil, le visage grave. « Il est là, Joséphine. »

Joséphine ferma les yeux un instant, aspirant une bouffée d'air. « Je suis prête. » Elle suivit Adèle à travers les couloirs labyrinthiques du château, chaque pas la rapprochant de son destin. Le Château de Beaumont, autrefois symbole de leur prospérité, était à présent le théâtre de son sacrifice.

Le grand salon avait été transformé en une scène de théâtre. Des bouquets de roses blanches embaumaient l'air, contrastant cruellement avec l'atmosphère tendue. Les créanciers de son père, des hommes d'affaires louches aux regards avides, étaient massés autour d'une table, leurs murmures impatients emplissant la pièce.

Au centre, dominant la pièce de sa présence, se tenait Dimitri Mercier. Un homme dont la réputation le précédait. On disait de lui qu'il était froid, calculateur, un requin sans cœur prêt à dévorer quiconque se mettait en travers de son chemin. Joséphine n'avait jamais cru aux contes de fées, mais elle espérait secrètement qu'il y avait une once d'humanité en lui.

Il était plus grand qu'elle ne l'avait imaginé, son costume sombre parfaitement coupé moulant des épaules larges. Ses cheveux noirs, taillés court, encadraient un visage aux traits acérés, des yeux d'un bleu glacial perçant l'obscurité. Il la regarda s'approcher, son expression impénétrable.

« Mademoiselle de Beaumont », dit-il, sa voix grave résonnant dans la pièce. « Je suis heureux de vous rencontrer enfin. »

« Monsieur Mercier », répondit Joséphine, sa voix tremblant à peine. Elle s'efforça de maintenir son regard, malgré le malaise qui l'envahissait.

« Votre père m'a fait une proposition… intéressante », reprit Dimitri, un sourire froid étirant ses lèvres. « Il m'offre votre main en échange de l'annulation de ses dettes. »

Le silence se fit lourd, pesant. Joséphine sentit le regard de tous les participants sur elle, leurs jugements silencieux la transperçant comme des flèches. Elle se redressa, puisant dans ses réserves de courage.

« C'est exact », dit-elle, sa voix plus ferme cette fois. « Je suis prête à accepter votre proposition. »

Dimitri Mercier la scruta longuement, comme s'il cherchait à percer ses secrets. « Et vous comprenez les termes de cet accord, Mademoiselle de Beaumont ? Vous deviendrez ma femme, en tous points. »

Joséphine déglutit. Elle savait ce que cela impliquait. Elle deviendrait sa prisonnière, un simple pion dans son jeu de pouvoir. Mais elle n'avait pas le choix. « Oui, Monsieur Mercier. Je comprends. »

« Très bien », dit Dimitri, son sourire s'élargissant légèrement. « Alors, que les festivités commencent. »

La soirée se déroula comme dans un rêve, ou plutôt un cauchemar. Joséphine fut présentée aux associés d'Dimitri, des personnalités influentes du monde des affaires et de la politique. Elle esquissa des sourires, engagea des conversations superficielles, tout en se sentant de plus en plus détachée de son propre corps.

Dimitri Mercier ne la quitta pas d'une semelle, sa main posée dans le bas de son dos, une marque de possession discrète mais claire. Elle sentait son regard sur elle en permanence, l'analysant, la jugeant. Elle avait l'impression d'être une proie entre les mains d'un prédateur.

Au fil de la soirée, Joséphine remarqua un détail étrange. Dimitri recevait des appels discrets, se retirant brièvement pour parler à voix basse. À son retour, son expression était toujours plus sombre, plus tendue.

Alors que la nuit touchait à sa fin, Dimitri l'attira à l'écart, dans une bibliothèque sombre et isolée. « Nous devons discuter de quelque chose, Joséphine. »

Elle le suivit sans un mot, le cœur battant la chamade. Elle savait que le véritable accord, les clauses cachées, allaient enfin être dévoilées.

Dimitri ferma la porte derrière eux et se tourna vers elle, son visage illuminé par la faible lueur d'une lampe de bureau. « Il y a des choses que vous devez savoir sur moi, sur ma vie. Des choses qui pourraient vous faire changer d'avis. »

Joséphine le regarda, les yeux remplis d'appréhension. « De quoi parlez-vous, Monsieur Mercier ? »

Il hésita un instant, comme s'il se débattait avec lui-même. Puis, il prit une profonde inspiration et dit : « Je ne suis pas celui que vous croyez. Mon nom n'est pas Dimitri Mercier. »

Joséphine recula, le souffle coupé. « Que voulez-vous dire ? Qui êtes-vous alors ? »

Dimitri s'approcha d'elle, son regard intense la clouant sur place. « Je suis… quelqu'un qui a besoin de votre aide. Et en échange, je vous offre la liberté. »

Avant qu'elle ne puisse répondre, un coup violent retentit à la porte. Dimitri se figea, son visage se durcissant. « Ils sont là », murmura-t-il. « Ils m'ont retrouvé. »

La porte céda sous la force des coups, et deux hommes masqués firent irruption dans la bibliothèque, des armes à la main. « Dimitri Mercier », cria l'un d'eux. « Tu ne peux plus te cacher. »

Dimitri poussa Joséphine derrière lui, la protégeant de son corps. « Courez », lui dit-il. « Sortez d'ici et ne vous retournez pas. »

Mais Joséphine ne bougea pas. Elle était paralysée par la peur, incapable de détacher son regard des hommes armés. Elle venait de vendre son âme à un inconnu, un homme qui n'était pas celui qu'il prétendait être, et maintenant, sa vie était en danger.

L'un des hommes leva son arme, la pointant directement sur Dimitri. Joséphine ferma les yeux, attendant le coup de feu. Mais il ne vint pas. À la place, elle sentit une douleur vive dans son épaule, puis elle sombra dans l'obscurité.