Le parfum interdit de l'opulence
Chapter 1 — Le parfum interdit de l'opulence
Le champagne pétillait à peine dans ma coupe de cristal, mais le vertige qui m'envahissait n'avait rien à voir avec l'alcool. C'était le vertige de la chute, de la dégringolade sociale imminente, celui qui vous glace le sang et vous empêche de respirer.
J'étais, il y a encore quelques semaines, Éléonore Chevalier, jeune femme de bonne famille, promise à un avenir doré. Aujourd'hui, j'étais Éléonore Chevalier, la ruine, la scandaleuse, celle qui avait osé défier les convenances et s'était retrouvée, du jour au lendemain, sans un sou et rejetée par les siens.
La Côte d'Azur, autrefois mon terrain de jeu favori, me semblait désormais un décor de théâtre cruel. Les yachts rutilants, les villas somptueuses, les rires cristallins des happy few… tout me rappelait ce que j'avais perdu, ce que j'étais sur le point de perdre définitivement.
« Encore un verre, Mademoiselle Chevalier ? » La voix du barman, polie et distante, me tira de mes sombres pensées. Je lui adressai un sourire contraint et acquiesçai. Le bar du Grand Hôtel de Saint-Jean-Cap-Ferrat était mon dernier refuge, mon ultime bastion avant le naufrage total. C'était ici, entre ces murs chargés d'histoire et de secrets, que j'avais décidé de noyer mon chagrin et de réfléchir à une solution, si tant est qu'il en existât une.
Mon père, homme d'affaires impitoyable, avait découvert ma liaison avec un artiste peintre sans le sou. Un affront impardonnable à ses yeux. Il avait immédiatement mis fin à mon allocation, bloqué mes comptes et annulé mon mariage arrangé avec le fils héritier d'une puissante famille industrielle. Du jour au lendemain, je m'étais retrouvée à la rue, ou presque. Heureusement, j'avais quelques bijoux de famille que j'avais pu revendre discrètement pour me permettre de survivre, le temps de trouver une alternative. Mais l'échéance approchait à grands pas.
Je me souvenais encore de ses mots, glaçants, définitifs : « Tu as fait ton choix, Éléonore. Tu en assumes les conséquences. Ne compte plus jamais sur moi. »
Je fermai les yeux, essayant d'éloigner le souvenir de sa figure sévère. Inutile de me lamenter sur mon sort. Il fallait agir, vite. Mais comment ? Trouver un emploi ? Impossible. Mon éducation m'avait préparée à briller en société, pas à travailler. Et même si je le voulais, qui embaucherait une jeune femme ruinée et déshonorée ?
Le barman déposa mon verre. Je le remerciai d'un signe de tête et pris une gorgée de champagne. Les bulles pétillantes explosèrent sur ma langue, mais ne parvinrent pas à dissiper l'amertume qui m'envahissait.
Soudain, une voix rauque interrompit mes réflexions. « Mademoiselle Chevalier ? »
Je me retournai et découvris un homme immense, vêtu d'un costume sombre impeccable. Son visage, buriné par le soleil et le temps, était encadré de cheveux poivre et sel. Son regard, perçant, semblait lire au plus profond de mon âme.
« Je suis Monsieur Perrin, le bras droit de Monsieur Saint-Clair. »
Le nom résonna en moi comme un coup de tonnerre. Philippe Saint-Clair. Le milliardaire le plus puissant et le plus secret de la Côte d'Azur. Un homme dont la fortune était légendaire et dont la réputation, sulfureuse.
« Monsieur Saint-Clair souhaiterait s'entretenir avec vous. »
Je déglutis difficilement. Que pouvait bien me vouloir un homme de sa trempe ? J'avais entendu des rumeurs sur lui, des histoires de contrats impitoyables, de vengeances implacables, de femmes… innombrables.
« Je… je ne comprends pas. »
« Monsieur Saint-Clair est un homme d'affaires avisé, Mademoiselle Chevalier. Il a l'œil pour les opportunités. » Il me fit un sourire énigmatique. « Et il pense que vous pourriez être une opportunité intéressante. »
Je sentis un frisson me parcourir l'échine. Opportunité ? Pour quoi faire ? J'avais l'impression d'être une proie, repérée par un prédateur. Mais je n'avais pas le choix. J'étais au pied du mur. Accepter cette invitation était peut-être ma seule chance de survie.
« Dites à Monsieur Saint-Clair que j'accepte. »
Monsieur Perrin hocha la tête. « Parfait. Il vous attend dans sa villa, Les Roches Blanches. Je vous y conduis ? »
Je le suivis hors du bar, le cœur battant la chamade. La nuit était tombée sur la Côte d'Azur, drapant le paysage de mystère et de promesses. Je montai dans la Rolls Royce noire qui nous attendait devant l'hôtel. Le moteur ronronna doucement, puis la voiture s'élança sur la route sinueuse qui menait à la villa de Monsieur Saint-Clair. Plus nous nous rapprochions de notre destination, plus l'angoisse me tenait à la gorge.
La villa, perchée sur un promontoire rocheux, dominait la mer. Elle était immense, illuminée par des projecteurs qui la transformaient en un palais de conte de fées. Mais je savais que derrière cette façade étincelante se cachait un homme impitoyable, prêt à tout pour obtenir ce qu'il désirait.
Monsieur Perrin me conduisit à l'intérieur. Le hall d'entrée était grandiose, décoré de sculptures et de tableaux de maîtres. Un majordome silencieux nous attendait. Il me prit en charge et me conduisit à un salon somptueux. « Monsieur Saint-Clair sera avec vous dans quelques instants, Mademoiselle Chevalier. »
J'étais seule, au milieu de ce luxe insolent. J'avais l'impression d'être une intruse, une pièce rapportée dans un monde qui n'était pas le mien. Je me sentis soudain vulnérable, démunie.
La porte s'ouvrit. Philippe Saint-Clair se tenait sur le seuil. Il était encore plus impressionnant que je ne l'avais imaginé. Ses yeux bleus, d'une intensité rare, me fixaient avec une curiosité palpable. Il s'approcha de moi, lentement, silencieusement.
« Mademoiselle Chevalier. » Sa voix était grave, envoûtante. « Je suis ravi de vous accueillir chez moi. J'espère que vous apprécierez votre séjour. »
Il me fit un sourire qui ne m'atteignit pas les yeux. « Car vous allez rester ici un certain temps, Mademoiselle Chevalier. Un temps certain… et indéterminé. »
Ses derniers mots résonnèrent dans la pièce, glaçant mon sang. J'étais prise au piège.