Le prix d'un sourire
Chapter 1 — Le prix d'un sourire: Chapitre 1
Le champagne pétillait dans ma coupe, un écho ironique à la tempête qui grondait dans mon cœur. Paris scintillait sous mes yeux, une mosaïque de lumières dorées s'étendant à perte de vue depuis la terrasse du penthouse familial. Une vue à couper le souffle, un luxe indécent… et le décor parfait pour annoncer ma ruine.
« Alors, Chloé, qu’en penses-tu ? » La voix de mon père, riche et grave, emplit le silence feutré. Il était là, impassible, en costume trois pièces anthracite, le visage sculpté par les ombres de la tombée du jour. À ses côtés, ma mère, élégante et glaciale dans sa robe de soirée en velours émeraude, me souriait d'un air satisfait. Un sourire qui, je le savais, dissimulait un calcul froid et précis.
Je pris une gorgée de champagne, le goût amer me brûlant la gorge. « C’est… grandiose, comme toujours. »
Mon père hocha la tête, visiblement satisfait de ma réponse. « Ton futur mari a bon goût. Cet appartement est l’un de ses nombreux investissements immobiliers. »
Le mot « mari » résonna dans ma tête comme un coup de tonnerre. Mari. Moi, Chloé Gervais, vingt-trois ans, sur le point d’être vendue au plus offrant. Une transaction, un arrangement. Un mariage arrangé, comme au bon vieux temps, sauf que cette fois, c’était ma vie qui était sur la table.
« Je ne comprends toujours pas pourquoi c’est nécessaire, » dis-je, essayant de garder ma voix stable. « L’entreprise familiale… »
« L’entreprise familiale est au bord du gouffre, Chloé, » m’interrompit ma mère, sa voix tranchante comme un rasoir. « Nous avons besoin d’un investissement massif, et vite. Raphaël est notre seule option. »
Raphaël. Raphaël Maillard. Un nom qui résonnait dans les cercles financiers parisiens comme un symbole de pouvoir et de richesse. Un homme d’affaires impitoyable, réputé pour son intelligence froide et son ambition démesurée. Un homme que je n’avais jamais rencontré, mais dont le destin était désormais inextricablement lié au mien.
« Il pourrait investir sans… sans ça, » protestai-je, sentant les larmes me monter aux yeux. « Il pourrait nous accorder un prêt. »
Mon père soupira, un geste rare qui trahissait l’ampleur de la situation. « Raphaël est un homme d’affaires, Chloé. Il ne fait pas de charité. Il veut quelque chose en retour. Et ce qu’il veut… c’est toi. »
Le silence retomba, lourd et oppressant. Je pouvais sentir le regard de mes parents peser sur moi, un mélange d’attente et d’impatience. Ils avaient pris leur décision. Ma vie ne m’appartenait plus. J’étais un pion sur leur échiquier, sacrifiée pour sauver leur empire.
Je fermai les yeux, essayant de maîtriser la panique qui me submergeait. J’avais toujours été une fille obéissante, suivant les règles, respectant les traditions. J’avais étudié dans les meilleures écoles, appris les bonnes manières, cultivé les bonnes relations. Tout cela pour quoi ? Pour être livrée en pâture à un homme que je ne connaissais pas, un homme qui me considérait probablement comme un simple actif dans son portefeuille.
« Quand dois-je le rencontrer ? » demandai-je finalement, ma voix à peine audible.
« Demain, » répondit mon père, sans la moindre hésitation. « Un déjeuner privé. Il tient à faire ta connaissance avant de finaliser l’accord. »
Un déjeuner. Une formalité. Un dernier regard avant la sentence. J’ouvris les yeux et fixai Paris, les lumières scintillantes désormais floues à travers mes larmes. La ville de l’amour, disait-on. Pour moi, elle était devenue la ville de la trahison.
Le lendemain matin, le réveil sonna comme un glas. Je me levai, le corps lourd, l’esprit engourdi. Je pris une douche, m’habillai, me maquillai. Des gestes mécaniques, vides de sens. Je me regardai dans le miroir, une étrangère me fixant en retour. Une jeune femme aux yeux tristes, au sourire forcé, au destin brisé.
Au moment de sortir, mon téléphone sonna. Un numéro inconnu. J’hésitai, puis répondis.
« Allô ? »
« Chloé Gervais ? » Une voix masculine, profonde et rauque, résonna à l’autre bout du fil. Une voix qui me fit frissonner. La voix d’Raphaël Maillard.
« Oui, c’est moi. »
« J’ai un empêchement pour le déjeuner. J’espère que tu ne m’en veux pas. »
Un soulagement fugace me traversa l’esprit. Peut-être… peut-être qu’il allait se désister. Peut-être que j’allais être sauvée.
« Ce n’est pas grave, » dis-je, essayant de masquer mon espoir. « Nous pouvons remettre ça à plus tard. »
« Non, » répondit-il, sa voix devenant plus froide, plus insistante. « Nous allons nous rencontrer aujourd’hui. Mais pas pour déjeuner. »
« Que voulez-vous dire ? » demandai-je, sentant la panique revenir en force.
« Je t’attends à l’aéroport. Un jet privé est prêt. Nous partons pour Monaco. »
Monaco ? Pourquoi Monaco ? Qu’est-ce qu’il mijotait ?
« Je ne comprends pas… » commençai-je, mais il m’interrompit.
« Je n’aime pas perdre mon temps, Chloé. Sois à l’aéroport dans une heure. Si tu n’es pas là… disons que ton père risque de le regretter amèrement. »
Et il raccrocha. Me laissant seule, pétrifiée, avec la promesse d’un avenir encore plus sombre que je ne l’imaginais.