La Cage de Velours

Chapter 1 — L'Étreinte de l'Ombre

Le sang, chaud et visqueux, coulait entre mes doigts. Non pas le mien, bien sûr. Jamais le mien.

Je m'appelle Geneviève, et dans ce monde où le luxe côtoie la décadence sur la Côte d'Azur, je suis une nettoyeuse. Pas de celles qui astiquent les yachts rutilants de milliardaires russes, non. Je nettoie les désordres. Les petits accidents. Les conséquences fâcheuses de passions trop brûlantes, d'ambitions trop voraces.

Ce soir, c'était une chambre d'hôtel à Nice, vue imprenable sur la Méditerranée. Ironique, n'est-ce pas ? Le bleu azur en contraste frappant avec le rouge écarlate qui avait souillé le tapis d'un motif désormais indélébile. L'odeur métallique, âcre, flottait dans l'air, malgré les fenêtres grandes ouvertes sur la brise marine.

Sébastien, mon contact – un homme de l'ombre, comme moi, mais avec beaucoup moins de scrupules et beaucoup plus d'attrait pour l'argent facile – m'avait donné les détails laconiques : « Client important. Discrétion absolue. Argent conséquent. » C'était toujours la même rengaine. Le nom du « client important », il ne me le donnerait jamais, bien sûr. Anonymat garanti. Un des piliers de mon existence.

J'ai enfilé mes gants en latex, un geste machinal, presque une caresse sur ma peau. Puis j'ai commencé. Méthodiquement. Scientifiquement. Comme un chirurgien face à un patient désespéré. Chaque tache de sang, chaque fibre compromise, chaque infime indice potentiel d'une présence. Rien ne devait subsister. Rien qui puisse remonter jusqu'à lui. Jusqu'à celui pour qui je travaille.

J'ai toujours été douée pour effacer les traces. C'est un don, parait-il. Ou peut-être une malédiction. Ma mère disait que j'avais le regard froid d'une pierre tombale. Elle avait raison, probablement. Les remords sont un luxe que je ne peux pas me permettre. Dans ce milieu, l'hésitation est une condamnation à mort. La pitié, une faiblesse.

Le soleil commençait à se lever, baignant la pièce d'une lumière crue et impitoyable, quand j'ai terminé. Le tapis, presque comme neuf. L'air, débarrassé de son odeur morbide. La chambre, rendue à son impersonnalité aseptisée. Presque. Une infime trace de rouge persistait, cachée sous le lit, impossible à atteindre sans déplacer le meuble massif. Un détail insignifiant, en apparence. Mais un détail qui me mettait mal à l'aise. Un avertissement silencieux.

Sébastien est arrivé peu après, son visage bouffi par une nuit probablement passée à jouer au poker et à abuser de substances illicites. Il a inspecté les lieux d'un œil expert, puis a hoché la tête, satisfait. « Impeccable, Geneviève. Comme toujours. » Il m'a tendu une enveloppe épaisse. L'argent, ma récompense. Mon salaire de la peur.

« Le client est très satisfait », a-t-il ajouté avec un sourire gras. « Il pourrait avoir d'autres missions pour toi. Plus… intéressantes. »

J'ai pris l'enveloppe sans répondre, mon regard fixé sur la mer scintillante. « Intéressantes », dans le vocabulaire d'Sébastien, signifiait probablement plus risquées, plus sordides, plus dangereuses. Mais l'argent était bon. Et j'avais besoin de cet argent. J'avais toujours besoin de cet argent.

« Qu'est-ce qu'il y avait cette fois ? » ai-je fini par demander, brisant le silence. « Une histoire de cœur ? Une dette de jeu ? »

Sébastien a hésité un instant, puis a haussé les épaules. « Ça ne te regarde pas, Geneviève. Ce qui compte, c'est que le problème est résolu. »

Mais je sentais qu'il me cachait quelque chose. Quelque chose de plus sombre, de plus profond, de plus… personnel. Quelque chose qui allait bien au-delà d'une simple affaire de cœur ou d'une dette de jeu. Quelque chose qui allait bientôt me rattraper.

En quittant l'hôtel, j'ai jeté un dernier coup d'œil à la chambre. La petite tache rouge, toujours là, invisible pour les autres, mais gravée dans ma mémoire comme une cicatrice. Et puis, j'ai aperçu quelque chose que j'avais manqué auparavant : un petit pendentif en argent, dissimulé sous un coussin du canapé. Un médaillon en forme de cœur. Avec une inscription gravée : « Pour toujours, mon amour. »

Et le nom… le nom gravé était celui de mon père.