L'Étreinte du Serpent

Chapter 1 — L'Étreinte du Serpent

Le goût du sang et du champagne bon marché étaient les deux seules choses que Léa pouvait distinguer alors qu'elle gisait sur le sol froid de l'entrepôt, la robe de cocktail rouge transformée en un patchwork écarlate. Elle avait toujours pensé que mourir serait plus… romantique.

Elle avait imaginé un dernier baiser passionné sous la Tour Eiffel scintillante, pas un entrepôt miteux à Marseille, transformé en abattoir par une querelle de territoire.

« Léa… » Une voix rauque, chargée de douleur et de quelque chose qui ressemblait à du remords, fendit le silence. C'était Luca. Luca Moretti. Son Luca. Ou du moins, c'était ce qu'elle avait cru pendant les six derniers mois, depuis qu'elle avait croisé son regard sombre dans ce bar clandestin du Vieux-Port.

Elle leva les yeux, la douleur irradiant de la blessure à son épaule. Luca était là, accroupi près d'elle, son visage habituellement impassible maintenant déformé par une émotion qu'elle n'avait jamais vue auparavant. De la panique? Du chagrin? Impossible à dire. Il était flanqué de deux hommes massifs, leurs visages des masques impénétrables. Des ombres familières de son monde, un monde qu'elle n'avait jamais voulu connaître.

« Pourquoi, Luca? » La question était plus un râle qu'une supplique. Les mots étaient imbibés de sang. Une trahison si profonde qu'elle lui lacérait l'âme, bien plus que la balle ne lacérait sa chair.

Luca passa une main tremblante dans ses cheveux noirs, le diamant scintillant à son annulaire captant la faible lumière. Un diamant qu'il avait promis de lui offrir, à elle. Promesses, murmura-t-elle intérieurement, des promesses aussi fausses que le sourire qu'il lui adressait maintenant.

« Je… je n'avais pas le choix, Léa. » Sa voix était presque un murmure, noyée dans le vacarme lointain de la ville portuaire. « Tu ne comprends pas. »

Elle comprit. Elle comprit parfaitement. Naïve, elle avait cru pouvoir trouver l'amour au milieu de cette violence, dans les yeux d'un homme dont le nom seul faisait trembler la moitié de Marseille. Elle avait été une idiote. Une proie facile.

« Tu m'as menti. »

« Je t'ai aimée. » La réponse fut instantanée, presque trop. Ses yeux sombres la fixaient, mais Léa ne voyait plus l'amour qu'elle y avait cru apercevoir. Elle y voyait l'abîme, le vide, le pouvoir. Et la mort.

Un coup de feu claqua, assourdissant, résonnant dans l'entrepôt. Léa ferma les yeux, s'attendant à la douleur, à la noirceur. Mais elle ne vint pas. À la place, elle entendit un gémissement étouffé et sentit une chaleur humide se répandre sur sa joue. Elle ouvrit les yeux.

Luca était au-dessus d'elle, son corps la protégeant, une tache rouge sombre s'étendant sur sa chemise blanche. Ses yeux étaient rivés sur elle, une expression indéchiffrable les assombrissant. Il avait pris la balle pour elle.

« Cours, Léa… » murmura-t-il, sa voix s'éteignant. « Cours… loin de moi… »

Les hommes de Luca, auparavant stoïques, se figèrent. L'un d'eux, un colosse tatoué, dégaina son arme. La panique, la vraie, la terrifiante, la paralysante, s'empara de Léa. Elle ne comprenait rien. Pourquoi Luca avait-il fait ça? Pourquoi la protéger? Pourquoi lui dire de s'enfuir?

Elle se releva, titubante, ignorant la douleur lancinante de son épaule. Elle devait partir. Elle devait survivre. Mais pour quoi faire?

Elle courut, à l'aveugle, dans l'obscurité de l'entrepôt, le bruit des coups de feu derrière elle la poussant à aller toujours plus vite. Elle trébucha, tomba, se releva. Elle devait s'échapper. Elle devait comprendre. Elle devait savoir la vérité.

Elle atteignit la porte, la poussa violemment et se retrouva dans une ruelle sombre, les poubelles jonchant le sol. L'air frais lui piqua les poumons. Elle respira profondément, essayant de calmer son cœur qui battait à tout rompre. Elle était libre. Pour l'instant.

Mais elle savait qu'elle n'était pas en sécurité. Pas tant qu'elle ne saurait pas pourquoi Luca Moretti, le chef impitoyable de la mafia marseillaise, avait risqué sa vie pour la sienne. Pas tant qu'elle ne saurait pas la vérité sur l'homme qu'elle avait aimé.

Elle devait se cacher. Trouver un endroit sûr. Un endroit où elle pourrait réfléchir, planifier, survivre. Elle pensa à une vieille amie, Chloé, qui travaillait dans un petit café à Aix-en-Provence. Chloé était fiable, discrète. Et surtout, Chloé n'était pas liée à la mafia.

Aix-en-Provence. C'était sa seule chance.

Elle sortit de la ruelle, se fondant dans l'obscurité de la nuit marseillaise. Chaque ombre était une menace, chaque bruit un danger. Elle savait que les hommes de Luca la chercheraient. Ils ne la laisseraient pas s'échapper si facilement. Elle était une menace. Une menace qu'ils devaient éliminer.

Elle atteignit une station de taxis, le cœur battant. Elle monta dans le premier taxi venu et donna l'adresse de la gare Saint-Charles. Elle devait quitter Marseille. Elle devait disparaître.

Alors que le taxi s'éloignait, elle jeta un dernier regard à l'entrepôt, les lumières clignotantes des voitures de police illuminant la scène. Luca était là-bas, quelque part. Mort ou vivant, elle ne le savait pas. Mais une chose était sûre: sa vie avait basculé. Elle n'était plus la même. Elle était une cible. Et elle devait survivre.

Le train pour Aix-en-Provence siffla, un appel strident qui résonna dans la nuit. Léa monta à bord, trouvant une place près de la fenêtre. Elle regarda le paysage défiler, les lumières de Marseille s'éloignant peu à peu. Elle laissait derrière elle son ancienne vie, son amour, son innocence. Elle entrait dans un nouveau monde, un monde de danger, de secrets et de mensonges. Un monde où elle devait se battre pour survivre.

Elle ferma les yeux, essayant de chasser les images de l'entrepôt, le sang, la douleur, le visage de Luca. Mais elles étaient là, gravées dans sa mémoire, indélébiles. Elle savait qu'elle ne pourrait jamais oublier ce qui s'était passé. Elle savait que sa vie ne serait plus jamais la même.

Le train démarra, la secouant doucement. Elle était en route pour Aix-en-Provence, vers un avenir incertain. Mais elle savait une chose: elle ne se laisserait pas abattre. Elle se battrait. Elle découvrirait la vérité. Et elle se vengerait.

Au même moment, dans un bureau sombre du Vieux-Port, un homme, le visage dissimulé par l'ombre, parlait au téléphone. Sa voix était basse, menaçante. « Retrouvez-la. Elle ne doit pas s'échapper. Et… assurez-vous qu'elle ne parle à personne. Personne. » Il raccrocha, un sourire cruel se dessinant sur ses lèvres. « Le jeu ne fait que commencer, Léa. Et tu es le pion le plus important. »