La Marque du Parrain

Chapter 1 — L'Étreinte du Serpent

Le goût du sang était la première chose qu'elle sentit. Du sang et le parfum coûteux de son ennemi juré, Lorenzo Moretti. Elle ouvrit les yeux, la tête lui tournant, pour découvrir qu'elle était agenouillée sur le sol froid d'un entrepôt désaffecté, entourée d'hommes en costume qui la regardaient avec mépris.

« Bienvenue à la maison, Amélie », dit Lorenzo, sa voix un murmure velouté qui promettait la douleur. Amélie de Gervais, héritière de la plus vieille famille mafieuse de Marseille, était tombée dans un piège. Un piège qu'elle aurait dû prévoir, mais l'arrogance de sa jeunesse l'avait aveuglée.

Marseille, la ville où le soleil embrasse la mer et où l'ombre dissimule les secrets les plus sombres. Une ville partagée entre le luxe insolent des yachts amarrés au Vieux-Port et la misère cachée dans les ruelles étroites du Panier. C'était ici, dans ce labyrinthe de pierre et de passion, que les de Gervais et les Moretti se livraient une guerre silencieuse depuis des générations. Une guerre pour le contrôle des routes de la drogue, des casinos clandestins et des nuits sans fin de la Côte d'Azur.

Amélie avait grandi dans le faste et la violence. Elle avait appris à manier une arme avant de savoir lire, à dissimuler ses émotions derrière un masque d'indifférence et à ne faire confiance à personne, surtout pas aux hommes. Son père, Damien de Gervais, était un homme impitoyable, un roi dans son royaume de crime, et il avait élevé sa fille unique pour lui succéder. Amélie était son héritière, son bras droit, son arme la plus redoutable.

Mais Lorenzo Moretti était différent. Plus jeune, plus intelligent, plus cruel. Il avait gravi les échelons de sa propre famille avec une détermination sauvage, éliminant tous ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Il était le serpent dans le jardin d'Eden d'Amélie, une tentation dangereuse et irrésistible.

Leur rivalité avait commencé dès leur plus jeune âge, lors des soirées mondaines où leurs familles se rencontraient, se toisaient, se menaçaient à peine voilées. Amélie se souvenait du regard noir de Lorenzo, de son sourire narquois, de la façon dont il semblait toujours anticiper ses mouvements. Il la fascinait et la terrifiait à la fois.

« Tu as été naïve, Amélie », continua Lorenzo, s'approchant d'elle. « Tu as cru pouvoir jouer avec moi comme tu le fais avec tes petits voyous de la ville. Mais tu as oublié une chose : je suis toujours un pas en avance. »

Il s'agenouilla devant elle, ses yeux sombres perçant les siens. Amélie sentit un frisson la parcourir, un mélange de peur et d'excitation. Elle savait ce qui l'attendait. Lorenzo ne la tuerait pas. Pas tout de suite. Il voulait la briser, la soumettre, la forcer à trahir sa propre famille.

« Qu'est-ce que tu veux, Lorenzo ? » demanda-t-elle, sa voix tremblant à peine.

Il sourit, un sourire froid et cruel. « Je veux tout, Amélie. Je veux ta famille, ton empire, et surtout… je te veux toi. »

Il lui prit le menton entre ses doigts, la forçant à le regarder. Amélie sentit la haine et le désir se mélanger en elle, un cocktail explosif qui menaçait de laConsumer. Elle savait qu'elle ne devait pas céder, qu'elle devait se battre jusqu'au bout. Mais une partie d'elle, une partie sombre et perverse, voulait se perdre dans les yeux de Lorenzo, se laisserConsumer par sa passion destructrice.

Soudain, un bruit de verre brisé retentit dans l'entrepôt. Tous les regards se tournèrent vers l'entrée. Une silhouette sombre se tenait dans l'encadrement de la porte, une arme à la main. C'était Julien, le bras droit d'Amélie, son ami d'enfance, son amant secret. Mais il était seul, pris au piège comme elle l'avait été.

« Amélie ! » cria-t-il, sa voix pleine de désespoir.

Lorenzo se redressa, un sourire satisfait sur les lèvres. « Quel geste touchant, Julien. Mais tu aurais dû savoir que tu ne pouvais pas rivaliser avec moi. »

Avant que Julien ne puisse réagir, un des hommes de Lorenzo lui sauta dessus, le désarmant et le jetant au sol. Amélie sentit son cœur se briser. Elle savait que Julien n'avait aucune chance.

« Tue-le », ordonna Lorenzo, sans même regarder Julien.

Amélie ferma les yeux, incapable de supporter la vue de la mort de son amant. Mais le coup de feu ne vint pas. À la place, elle entendit un cri de douleur, suivi d'un silence de mort.

Elle rouvrit les yeux et vit Lorenzo se tenant immobile, un couteau planté dans le dos. Il se tourna lentement vers elle, ses yeux remplis de confusion et de trahison. Puis, il s'effondra au sol, mort.

Derrière lui, une silhouette se tenait dans l'ombre, un couteau ensanglanté à la main. Amélie la reconnut instantanément. C'était sa mère, Nathalie de Gervais, qu'elle croyait morte depuis des années.