Le Parfum Interdit de l'Héritier
Chapter 1 — Le Parfum Interdit de l'Héritier
Le champagne pétillait sur ma peau comme une insulte. Non pas à cause du prix exorbitant de la cuvée, mais parce que c'était lui, Julien Bernard, qui l'avait délibérément renversé. Un sourire narquois étirait ses lèvres, et dans ses yeux bleu glacier, je pouvais lire une provocation à peine voilée.
« Oh, pardon, Mademoiselle Rousseau. J'espère que votre robe n'est pas irrémédiablement ruinée, » lança-t-il avec une politesse assassine, accentuant chaque syllabe de mon nom comme s'il s'agissait d'une injure personnelle. J'aurais aimé pouvoir effacer son sourire suffisant d'une gifle bien placée, mais l'enjeu était trop important. Ce n'était pas le moment de céder à la colère.
J’inspirai profondément, le parfum enivrant des roses blanches qui décoraient la salle de bal me vrillant les narines. La soirée battait son plein à l'Hôtel de Crillon, le summum du luxe parisien. Toute la haute société était réunie pour célébrer les fiançailles d'Bérénice, la sœur d'Julien, avec un richissime héritier italien. En réalité, tout le monde savait que l'événement était une mascarade. Une alliance stratégique entre deux familles puissantes, plus qu'une union basée sur l'amour. Mais, comme toujours, les apparences primaient.
Et moi, Justine Rousseau, j'étais là, infiltrée. Non pas en tant qu'invitée d'honneur, mais en tant que taupe. Mon employeur, la Maison Lavigne, concurrente acharnée de la Maison Bernard dans le monde impitoyable de la parfumerie de luxe, avait besoin d'informations. D'informations cruciales sur leur nouvelle fragrance, un parfum révolutionnaire qui menaçait de détrôner Lavigne du sommet.
Mon père avait fondé Lavigne il y a quarante ans. Il avait versé son âme dans chaque création, chaque flacon, chaque campagne publicitaire. Aujourd'hui, gravement malade, il regardait l'avenir de son entreprise avec une angoisse palpable. Je ne pouvais pas le laisser tomber. Je devais tout faire pour protéger son héritage, même si cela impliquait de me salir les mains. Même si cela impliquait de pactiser avec le diable, en la personne d'Julien Bernard.
J'avais passé les trois dernières semaines à me faire embaucher comme serveuse temporaire pour l'événement. Un plan risqué, certes, mais nécessaire. J'avais réussi à me fondre dans la masse, à observer, à écouter. J'avais même réussi à subtiliser quelques documents confidentiels, dissimulés dans les toilettes des femmes pendant un moment d'inattention de la secrétaire d'Julien. Mais il me manquait la pièce maîtresse : la formule exacte du nouveau parfum.
« Ne vous inquiétez pas, Monsieur Bernard, » répondis-je finalement, mon ton aussi doux et mielleux que possible. « Un simple incident. » Je sortis un mouchoir en papier de mon tablier et commençai à éponger maladroitement la tache de champagne sur ma robe de soirée bleu nuit. Une robe que j'avais empruntée à ma meilleure amie, Chloé, et que je devrais probablement rembourser. Le champagne, décidément, avait un goût amer.
« Vraiment ? » rétorqua Julien, ses yeux brillant d'amusement. « J'aurais juré que le champagne français était votre nectar préféré, Mademoiselle Rousseau. Surtout quand il est servi avec… disons… un peu de malice. »
Je le détestais. Je détestais son arrogance, son sourire condescendant, son intelligence acérée. Je détestais le fait qu'il puisse me déstabiliser d'un simple regard. Et par-dessus tout, je détestais le fait qu'il soit incroyablement, irrésistiblement attirant. Ses cheveux noirs impeccablement coiffés, sa mâchoire carrée, ses épaules larges, tout en lui respirait la puissance et le contrôle. Un contrôle qu'il exerçait visiblement avec un plaisir pervers sur moi.
« Vous me surestimez, Monsieur Bernard, » répliquai-je, en redressant les épaules. « Je suis une simple employée, ici pour servir vos invités. Rien de plus. »
« Vraiment ? » répéta-t-il, se penchant légèrement vers moi. Son parfum, un mélange subtil de cuir et d'épices, emplit mes narines. Un parfum signature, probablement créé sur mesure par la Maison Bernard elle-même. Un parfum qui, contre toute attente, me plaisait énormément. « J'ai l'impression que vous servez beaucoup plus que des boissons, Mademoiselle Rousseau. »
Son regard s'attarda sur mes lèvres, et pendant un instant, j'oubliai complètement où j'étais, pourquoi j'étais là. J'oubliai la Maison Lavigne, mon père, la rivalité acharnée entre nos familles. Il n'y avait que lui et moi, dans une bulle d'électricité palpable. Un désir interdit, dangereux, commença à se faire sentir, vibrant au plus profond de moi. Un désir qu'il semblait partager.
Soudain, une voix stridente brisa la tension. « Julien, chéri ! Où étais-tu ? Je te cherchais partout ! » Bérénice, la future mariée, s'approchait de nous, son visage rayonnant d'un bonheur factice. Elle portait une robe blanche somptueuse, constellée de diamants, et son sourire cachait à peine une pointe d'agacement.
Julien se redressa instantanément, son expression se refermant comme un livre. « Excuse-moi, ma sœur. J'étais juste en train de m'assurer que Mademoiselle… » Il marqua une pause, son regard se posant sur moi avec une froideur glaciale. « … que Mademoiselle s'acquittait correctement de ses fonctions. »
Bérénice me lança un regard condescendant, puis se tourna vers son frère, passant son bras autour du sien. « Allons, chéri. Le Comte Rossi t'attend pour le discours. » Elle l'entraîna à l'écart, me laissant seule, le cœur battant la chamade. Le désir s'était évaporé, remplacé par un mélange de honte et de colère.
J'avais failli céder. J'avais failli oublier ma mission, mon devoir. J'avais failli tomber sous le charme d'Julien Bernard, mon ennemi juré.
Je devais me ressaisir. Je devais me concentrer sur mon objectif. Je devais trouver cette formule, et la ramener à la Maison Lavigne, coûte que coûte.
Je décidai de changer de stratégie. Je devais me rapprocher d'Julien, gagner sa confiance. Jouer un jeu dangereux, certes, mais peut-être le seul moyen d'obtenir ce que je voulais. Je savais qu'il organisait une réception privée dans ses bureaux le lendemain soir, réservée à ses plus proches collaborateurs et à quelques clients privilégiés. Je devais absolument y être.
J'avais entendu dire que le chef de la sécurité de la Maison Bernard était facilement corruptible. Un homme d'une cinquantaine d'années, bedonnant et avide d'argent. Un point faible que je comptais bien exploiter.
Je passai le reste de la soirée à observer discrètement le chef de la sécurité, analysant ses habitudes, ses mouvements. Je remarquai qu'il avait un faible pour le cognac et qu'il passait beaucoup de temps à proximité du bar. Une opportunité se présentait.
Vers minuit, alors que la fête touchait à sa fin, je me dirigeai vers le bar, déterminée à mettre mon plan à exécution. Je commandai un verre de cognac, et attendis patiemment que le chef de la sécurité s'approche.
« Bonsoir, Monsieur… » Je feignis de chercher son nom. « … Rousseau, c'est ça ? » me dit-il, avec un sourire lubrique. « Vous êtes nouvelle ici, n'est-ce pas ? »
« Oui, Monsieur. Je suis serveuse temporaire. » Je lui offris un sourire timide. « J'admire beaucoup votre travail. La sécurité est très importante, surtout dans un événement comme celui-ci. »
Il gonfla la poitrine, visiblement flatté. « C'est mon métier, Mademoiselle. Je veille à ce que tout se passe bien. »
« Je suis sûre que c'est très bien payé, » dis-je, en sirotant mon cognac. « Mais j'imagine que parfois, on aimerait avoir un petit extra… pour arrondir les fins de mois. »
Son regard s'illumina. « Qu'est-ce que vous insinuez, Mademoiselle Rousseau ? »
« Rien, Monsieur. » Je sortis discrètement de mon tablier une enveloppe épaisse, remplie de billets. « Juste une petite attention, pour vous remercier de votre… discrétion. »
Il jeta un coup d'œil rapide autour de lui, puis attrapa l'enveloppe et la glissa dans sa poche avec une rapidité surprenante. « De quoi voulez-vous que je sois discret, Mademoiselle Rousseau ? »
« Je voudrais assister à la réception privée de Monsieur Bernard, demain soir. »
Son sourire disparut. « C'est impossible. C'est une invitation très exclusive. »
« Tout est possible, avec la bonne motivation, n'est-ce pas ? » Je sortis une autre enveloppe de mon tablier, encore plus épaisse que la première. « Et voici une autre petite attention, pour vous convaincre. »
Il hésita un instant, puis finit par céder. « Très bien, Mademoiselle Rousseau. Je vous ferai entrer. Mais soyez discrète. Et surtout, ne vous faites pas remarquer par Monsieur Bernard. »
« Comptez sur moi, Monsieur. »
Le lendemain soir, je me tenais devant les bureaux de la Maison Bernard, le cœur battant à tout rompre. J'avais enfilé une robe noire élégante, que j'avais achetée en secret avec mes économies. J'avais l'impression de jouer ma vie.
Je rejoignis le chef de la sécurité à l'entrée, et il me fit entrer sans poser de questions. L'intérieur des bureaux était somptueux, décoré avec un goût exquis. Des œuvres d'art modernes ornaient les murs, et le parfum enivrant du nouveau parfum de la Maison Bernard flottait dans l'air.
La réception battait son plein. Des hommes et des femmes élégants discutaient en sirotant des cocktails, et des serveurs circulaient avec des plateaux remplis de canapés. J'essayai de me fondre dans la masse, tout en gardant un œil sur Julien.
Je le repérai rapidement, au centre de la pièce, entouré d'un groupe de personnes qui l'écoutaient avec attention. Il était encore plus séduisant que la veille, dans son costume sombre parfaitement coupé. Je sentais mon cœur s'emballer à sa vue, et je devais me faire violence pour ne pas le regarder fixement.
Je décidai de me rapprocher discrètement, en espérant pouvoir surprendre une conversation intéressante. Je me servais un verre de champagne, et me dirigeai vers le groupe, en feignant de chercher quelqu'un. Soudain, je sentis une main se poser sur mon épaule.
Je me retournai, et mon cœur rata un battement. C'était lui. Julien Bernard. Son regard bleu glacier me transperçait. Un sourire énigmatique étirait ses lèvres.
« Mademoiselle Rousseau, » dit-il, sa voix douce et dangereuse. « Quelle surprise de vous revoir ici. »
Je déglutis difficilement. « Monsieur Bernard. Je… je… »
« Que faites-vous ici, Mademoiselle Rousseau ? » Son sourire disparut, et son regard devint froid et perçant. « Je crois que vous avez quelque chose à me cacher. »
Avant que je puisse répondre, il se pencha vers moi, et murmura à mon oreille, d'une voix rauque : « Dites-moi la vérité, Justine. Ou vous le regretterez. »
Il connaissait mon prénom. Il savait qui j'étais. J'étais démasquée.