Le Fantôme de la Rue de Rivoli

Chapter 1 — Le parfum interdit de la rose noire

Le crissement des pneus sur le bitume mouillé était la seule symphonie qui berçait mes nuits depuis six mois. Six mois que je traquais l'ombre qui avait fauché la lumière de ma vie. Six mois que j'étais devenue un fantôme, une version distordue de moi-même, consumée par le désir de vengeance.

Je m'appelle Annelise Lacroix, et le monde me connaît comme l'héritière d'une dynastie de parfumeurs, créateurs des fragrances les plus prisées de la Côte d'Azur. Mais sous le vernis de la sophistication et du luxe, se cache une réalité bien plus sombre : la famille Lacroix est aussi, et surtout, la gardienne d'un secret ancestral, un savoir-faire capable de créer des poisons indétectables, des élixirs de contrôle mental. Un héritage que j'ai toujours renié, jusqu'à ce que mon père, le dernier rempart de cet héritage, soit assassiné.

La pluie fouettait le pare-brise de ma Porsche 911, brouillant la vue sur la route sinueuse qui serpentait à travers les collines surplombant Nice. Mes phares perçaient l'obscurité, révélant par intermittence les silhouettes fantomatiques des cyprès et des pins parasols. J'avais reçu un message cryptique, une invitation à un bal masqué organisé par une figure influente du milieu, un certain Monsieur Fontaine. Un nom qui revenait sans cesse dans les notes griffonnées de mon père, un nom synonyme de danger.

J'avais enfilé une robe de soirée noire, sobre et élégante, mais sous le tissu délicat, je portais un harnais en cuir dissimulant un couteau de lancer et un pistolet Glock 19. J'avais appris à manier ces armes avec une précision chirurgicale, sous la tutelle d'un ancien agent des services secrets, un ami de mon père. Il m'avait enseigné l'art de la dissimulation, du combat rapproché, et de l'interrogatoire. Il m'avait transformée en une arme.

Le bal se tenait dans un somptueux château, perché sur un promontoire rocheux. La musique entraînante d'un orchestre de jazz résonnait à travers les fenêtres illuminées, contrastant violemment avec le calme lugubre de la nuit. Des limousines rutilantes déversaient des flots de convives masqués, drapés dans des costumes extravagants. L'élite de la Côte d'Azur était réunie, unaware des secrets mortels qui se tramaient dans l'ombre.

Je me suis garée à l'écart, à l'ombre d'un chêne centenaire. J'ai vérifié une dernière fois mon apparence dans le rétroviseur, m'assurant que mon masque de velours noir dissimulait parfaitement mes traits. J'ai respiré profondément, essayant de maîtriser le tremblement qui me parcourait. Ce soir, j'allais infiltrer le repaire du loup. Ce soir, j'allais obtenir des réponses, par tous les moyens nécessaires.

En franchissant les portes du château, j'ai été immédiatement enveloppée par une atmosphère d'opulence décadente. Des lustres en cristal illuminaient des fresques baroques, des serveurs en livrée circulaient avec des plateaux chargés de champagne, et des couples masqués valsait sur la piste de danse. Le parfum enivrant d'un mélange de roses, de jasmin et de patchouli flottait dans l'air, un parfum familier qui me rappelait mon enfance, les heures passées dans le laboratoire de mon père.

Je me suis frayé un chemin à travers la foule, scrutant chaque visage masqué, chaque geste, chaque parole. Je cherchais un indice, un signe, quelque chose qui me mènerait à Monsieur Fontaine. J'avais entendu dire qu'il portait toujours une rose noire à la boutonnière, une fleur rare et artificielle, symbole de son pouvoir et de son mystère.

Soudain, mon regard a été attiré par une silhouette imposante, adossée à un pilier. Un homme grand et élégant, vêtu d'un smoking noir, un masque de loup argenté dissimulant la moitié de son visage. Et à sa boutonnière, une rose noire, aussi sombre que la nuit.

Mon cœur s'est emballé. C'était lui. Monsieur Fontaine. L'homme que je traquais depuis des mois. L'homme responsable de la mort de mon père. L'homme que j'allais faire payer.

Je me suis approchée de lui, déterminée à l'affronter, à obtenir des réponses. Mais avant que je puisse prononcer un mot, il s'est tourné vers moi, ses yeux perçant dissimulés derrière le masque. Il a souri, un sourire froid et prédateur qui m'a glacée le sang.

« Mademoiselle Lacroix, » a-t-il dit, sa voix rauque et envoûtante résonnant dans mes oreilles. « Quel plaisir de vous avoir parmi nous. »

J'ai failli reculer, tant son regard semblait me transpercer. Comment savait-il qui j'étais ? Je n'avais jamais rencontré cet homme auparavant, et mon masque dissimulait parfaitement mon identité. À moins que…

« Je me demandais quand vous feriez votre apparition, » a-t-il poursuivi, se rapprochant de moi. « Votre père était un homme… talentueux. Mais il était temps de mettre fin à ses activités. »

La colère m'a submergée, me donnant la force de répliquer. « Vous l'avez assassiné. »

Il a ri, un rire sec et méprisant. « Un accident regrettable. Mais ne vous inquiétez pas, Mademoiselle Lacroix. Vous êtes bien plus intéressante que votre père. »

Il a levé la main et a fait un geste discret. Immédiatement, deux hommes en costume sont apparus à ses côtés, bloquant toute issue. J'étais prise au piège. Encerclee.

« Vous avez hérité de son talent, de son savoir-faire, » a-t-il murmuré, se penchant vers moi. « Et je compte bien en profiter. »

J'ai senti une piqûre dans mon cou. Une douleur lancinante, suivie d'un vertige. Ma vision s'est brouillée, mes jambes ont flanché. Il m'avait droguée.

« Vous allez travailler pour moi, Annelise, » a-t-il dit, sa voix se faisant de plus en plus lointaine. « Ou vous subirez le même sort que votre père. »

J'ai lutté contre l'obscurité qui m'envahissait, essayant de rester consciente. Je devais résister. Je devais me venger. Mais mes forces m'abandonnaient.

Avant de perdre complètement connaissance, j'ai aperçu un autre homme s'approcher. Un homme que je connaissais bien. Un homme en qui j'avais confiance. Un homme qui m'avait trahie. Il portait lui aussi une rose noire à la boutonnière. Il souriait.

C'était mon cousin, Étienne.