La Femme sans Nom
Chapter 1 — Le Parfum Interdit de la Nuit
Le coup de feu résonna, déchirant le silence velouté de la nuit niçoise. Iseult, adossée au mur froid de la ruelle, sentit le souffle brûlant de la balle lui frôler la joue. Ce n'était que le début. La traque avait commencé.
Elle replia son trench-coat en cuir noir autour d'elle, se fondant dans l'ombre comme un chat sauvage. Iseult Morel, la parfumeuse la plus en vue de la Côte d'Azur, cachait un secret bien plus sombre que les essences rares qu'elle maniait avec une précision chirurgicale. Elle était « Ombre », une voleuse d'art insaisissable, traquée par Interpol depuis des années.
Ce soir, sa cible était le Diamant Noir, un collier légendaire serti d'un diamant d'une pureté inégalée, exposé lors d'une soirée privée au luxueux Hôtel Negresco. Un défi audacieux, même pour elle.
Iseult avait passé des semaines à élaborer son plan, étudiant les moindres recoins de l'hôtel, les habitudes du personnel de sécurité, les caméras de surveillance. Elle connaissait les lieux comme sa propre poche. Son déguisement était parfait : une robe de soirée griffée, des cheveux savamment coiffés, un sourire enjôleur. Elle était une invitée comme les autres, personne ne soupçonnerait la vérité.
Elle se faufila à travers la foule élégante, le champagne coulant à flots, les conversations futiles résonnant autour d'elle. Chaque pas était calculé, chaque regard maîtrisé. Elle aperçut au loin sa proie : le Diamant Noir, scintillant sous les projecteurs, exposé dans une vitrine blindée, gardée par deux hommes en costume sombre.
Son cœur battait la chamade, mais elle garda son sang-froid. Elle s'approcha de la vitrine, feignant l'admiration. Elle engagea la conversation avec un couple de collectionneurs d'art, les charmant avec son esprit vif et sa connaissance pointue des pierres précieuses.
« Ce diamant est absolument fascinant, n'est-ce pas ? » dit-elle, sa voix douce et mélodieuse. « On dit qu'il porte malheur à quiconque essaie de le posséder. »
« Des histoires, ma chère », répondit l'homme, un sourire suffisant aux lèvres. « La seule malédiction, c'est de ne pas pouvoir se l'offrir. »
Iseult sourit, un éclair de malice dans les yeux. Elle savait que la superstition était une arme puissante, et elle comptait bien l'utiliser à son avantage.
Elle quitta le couple et se dirigea vers le bar, où elle commanda un verre de champagne. Elle observa les mouvements des gardes, cherchant une faille dans leur vigilance. Elle remarqua qu'ils étaient distraits par une jeune femme blonde, qui flirtait ouvertement avec eux.
C'était son moment. Elle sortit discrètement de son sac à main un petit appareil, un émetteur d'ondes électromagnétiques capable de désactiver temporairement les caméras de surveillance. Elle l'activa et le glissa sous une table.
Une brève coupure de courant plongea la salle dans l'obscurité pendant quelques secondes. C'était suffisant. Les caméras étaient hors service. Elle s'approcha de la vitrine, sortit de son sac un minuscule laser de haute précision et commença à découper le verre blindé.
Le laser était silencieux et efficace. En quelques minutes, elle avait créé une ouverture suffisante pour passer sa main. Elle désactiva l'alarme avec un code qu'elle avait dérobé lors d'une mission précédente. Elle ouvrit la vitrine et saisit le Diamant Noir.
Elle le glissa dans son sac et se retourna. Mais au lieu de la foule élégante qu'elle attendait, elle trouva un homme en costume sombre, un pistolet pointé sur elle. Son visage était impassible, ses yeux noirs perçants.
« Bonsoir, Ombre », dit-il d'une voix glaciale. « On se rencontre enfin. »
Iseult le reconnut instantanément. L'inspecteur Valentin Dumas, son nemesis depuis des années, l'homme qui avait juré de la faire tomber. Il était là, devant elle, prêt à la capturer.
Elle esquissa un sourire, feignant la surprise. « Inspecteur Dumas, quelle agréable surprise. Que faites-vous ici ? »
« Je suis venu admirer le Diamant Noir », répondit-il, son regard perçant son masque. « Mais il semble que vous ayez eu la même idée. »
« Je ne sais pas de quoi vous parlez », dit-elle, sa voix tremblant légèrement. Elle savait qu'elle devait gagner du temps, trouver un moyen de s'échapper.
« Ne faites pas l'innocente, Iseult », dit-il, son ton devenant plus dur. « Je sais qui vous êtes. Je sais ce que vous avez fait. »
Il fit un signe de la main, et deux agents de police apparurent, bloquant les issues. Elle était piégée. Elle ne pouvait pas s'échapper. Pas cette fois.
« Je suis déçue, Ombre », dit Dumas, son regard plein de mépris. « Je pensais que vous étiez plus intelligente que ça. »
Iseult inspira profondément, essayant de contrôler sa panique. Elle savait qu'elle ne pouvait pas se laisser prendre. Elle avait trop à perdre. Elle devait trouver un moyen de se sortir de cette situation, coûte que coûte.
« Je ne suis pas Ombre », dit-elle, sa voix forte et claire. « Vous vous trompez de personne. »
Dumas sourit, un sourire cruel. « Vraiment ? Alors expliquez-moi ceci. » Il tendit la main et arracha son collier. Le Diamant Noir tomba au sol, roulant jusqu'à ses pieds.
Iseult resta figée, le souffle coupé. Elle avait été démasquée. Son identité secrète était révélée. Sa vie était sur le point de basculer.
Mais alors que Dumas s'apprêtait à la menotter, une voix retentit dans la salle, une voix qu'elle n'avait pas entendue depuis des années, une voix qui la glaça jusqu'aux os : « Laissez-la tranquille, Valentin. Elle est sous ma protection. » Un homme émergea de l'ombre, son visage dissimulé par un chapeau, mais sa stature imposante et sa voix profonde étaient inimitables. Le père de Iseult était là. Et il était le chef de l'organisation criminelle qu'elle avait toujours combattue.