Une Robe Blanche à Bordeaux
Chapter 1 — Le contrat scellé sous les étoiles de Saint-Tropez
Le champagne pétillait, un murmure doré dans la nuit étoilée de Saint-Tropez, mais pour Thérèse, il avait le goût amer d'un destin qu'elle n'avait jamais choisi.
Elle observa son reflet déformé dans le verre, une silhouette pâle et fragile sous les lumières scintillantes de la terrasse du club. À vingt-quatre ans, sa vie, jusque-là parsemée de rêves d'indépendance et de voyages, s'apprêtait à prendre un tournant radical, imposé par les dettes abyssales de sa famille et la proposition indécente d'un homme qu'elle connaissait à peine.
« Thérèse, ma chérie, tu es magnifique ! » s'exclama sa mère, s'approchant d'elle avec un sourire forcé. Sa robe de soie bleu nuit, achetée à crédit bien sûr, ne pouvait masquer les rides d'inquiétude qui marquaient son visage. « Il ne te quitte pas des yeux. Fais un effort, s'il te plaît. Tout dépend de ce soir. »
Thérèse hocha la tête, incapable de prononcer un mot. Tout dépendait de ce soir. Ces mots résonnaient comme une sentence dans sa tête. La famille Petit, autrefois l'une des plus respectées de la Côte d'Azur, était au bord de la ruine. Les affaires de son père, autrefois florissantes dans l'immobilier de luxe, s'étaient effondrées sous le poids de la crise et de choix hasardeux. Leur somptueuse villa surplombant la mer, les voitures de collection, les voyages exotiques… tout cela était sur le point de disparaître.
Et la seule solution, l'unique espoir de sauver leur honneur et leur train de vie, était cet homme. Luc Picard. Héritier d'un empire industriel tentaculaire, froid, distant, mais immensément riche.
Elle le vit, de l'autre côté de la terrasse, entouré d'un cercle d'hommes en costume sombre. Son regard perçant, d'un bleu glacial, croisa le sien. Un frisson parcourut l'échine de Thérèse. Il avait quelque chose d'intimidant, de prédateur, qui la mettait mal à l'aise. Il était plus âgé qu'elle, une quarantaine d'années, et son visage portait les marques d'une vie intense, probablement dénuée de tendresse.
« Viens, chérie, Luc insiste pour te présenter ses associés », dit sa mère en la tirant doucement par le bras. « Sois charmante. Rappelle-toi ce que je t'ai dit. »
Thérèse se força à sourire, un sourire artificiel qui ne reflétait en rien le tumulte qui l'agitait. Elle s'avança vers le groupe, sentant le regard d'Luc la déshabiller. Il lui prit la main, la serrant un peu trop fort à son goût.
« Thérèse, enchanté », dit-il d'une voix grave et profonde qui fit vibrer quelque chose d'étrange en elle. « Vous êtes encore plus belle que sur les photos. »
« Merci, Monsieur Picard », répondit-elle, essayant de masquer son malaise. L'odeur de son parfum, un mélange coûteux de bois de santal et d'épices, l'envahissait. Un parfum viril, dominant, qui la mettait mal à l'aise.
La soirée se déroula comme dans un mauvais rêve. Des conversations superficielles, des sourires forcés, des regards insistants. Thérèse se sentait comme une marchandise, exposée aux yeux de ces hommes riches et puissants. Elle entendait les murmures autour d'elle, les spéculations sur son avenir, sur son rôle de future épouse d'Luc Picard. Elle était devenue un objet de curiosité, un trophée.
Au fil des heures, l'alcool aidant, l'atmosphère se détendit légèrement. Luc se montra plus affable, lui racontant des anecdotes sur ses voyages, sur ses affaires. Thérèse essayait de l'écouter, de s'intéresser à ce qu'il disait, mais son esprit était ailleurs. Elle pensait à sa vie d'avant, à ses amis, à ses études d'art qu'elle avait dû abandonner faute de moyens. Elle pensait à l'avenir sombre et incertain qui l'attendait.
Vers minuit, Luc la prit à part, l'entraînant vers une partie plus isolée de la terrasse, surplombant la mer. La lune se reflétait sur l'eau, créant un spectacle magnifique, mais Thérèse était incapable de l'apprécier.
« Thérèse, je crois qu'il est temps que nous parlions sérieusement », dit Luc, sa voix redevenant grave et froide. « Votre famille est au courant des termes de notre arrangement, n'est-ce pas ? »
Elle hocha la tête. L'arrangement. Un mot qui sonnait comme un couperet. Un contrat cynique et sans cœur, où elle était vendue au plus offrant en échange de la fortune de son mari.
« Bien. Je suis un homme d'affaires, Thérèse. J'apprécie la clarté et la transparence. Je vous offre une vie de luxe et de confort. En échange, j'attends de vous loyauté, discrétion et… » Il marqua une pause, la fixant intensément. « … un héritier. »
Un héritier. Le mot résonna comme un coup de poing dans l'estomac de Thérèse. Elle n'était pas seulement une monnaie d'échange, une solution aux problèmes financiers de sa famille. Elle était aussi un instrument, une machine à bébés.
Elle sentit la colère monter en elle, une colère froide et amère qui lui donnait une force nouvelle. Elle releva la tête, fixant Luc droit dans les yeux.
« Et si je refuse ? » demanda-t-elle d'une voix tremblante, mais déterminée.
Un sourire glacial se dessina sur les lèvres d'Luc. « Vous n'avez pas le choix, Thérèse. Votre famille est ruinée. Sans moi, ils perdront tout. Et vous aussi. »
Il se rapprocha d'elle, son visage tout près du sien. Elle sentit son souffle chaud sur sa peau, un souffle chargé de menace et de pouvoir.
« Mais… si vous êtes une épouse docile et obéissante, vous pourriez être agréablement surprise. J'ai beaucoup à vous offrir, Thérèse. Beaucoup plus que de l'argent. »
Il lui prit le menton entre ses doigts, la forçant à le regarder dans les yeux. Thérèse sentit son cœur battre la chamade. Elle avait peur, mais elle refusait de céder. Elle refusait de se laisser dicter sa vie.
« Et si je vous dis que je ne veux rien de ce que vous avez à offrir ? » murmura-t-elle, le défiant du regard.
Le sourire d'Luc s'élargit, révélant une lueur dangereuse dans ses yeux.
« Dans ce cas, ma chère Thérèse… vous découvrirez à quel point je peux être impitoyable. »
Il relâcha son menton et fit un pas en arrière, la laissant seule face à la nuit étoilée et à son destin incertain.
« Réfléchissez bien à votre réponse, Thérèse. Vous avez jusqu'à demain matin. »
Il se retourna et s'éloigna, la laissant seule, glacée jusqu'à la moelle. Elle sentit le regard de sa mère peser sur elle, une supplique silencieuse. Elle savait ce qu'elle attendait d'elle. Elle savait ce qu'elle devait faire. Mais au fond de son cœur, une petite voix lui criait de se rebeller, de se battre pour sa liberté. Mais à quel prix ? Et à qui ferait-elle le plus de mal ?
Soudain, une silhouette se détacha de l'ombre. Un homme, grand et élancé, s'approcha d'elle. Elle ne l'avait pas remarqué plus tôt. Il avait les cheveux noirs et le regard sombre, et il la regardait avec une intensité qui la déstabilisa.
« Mademoiselle Petit ? » dit-il d'une voix douce et mélodieuse. « Je crois que vous devriez savoir certaines choses sur Monsieur Picard… des choses qui pourraient changer votre décision. »
Il tendit une enveloppe à Thérèse. Elle hésita, puis la prit. Elle sentit le papier épais entre ses doigts. Qu'est-ce que c’était ? Et qui était cet homme ?
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle, méfiante.
L'homme sourit, un sourire énigmatique qui ne répondit à aucune de ses questions.
« Disons simplement que je suis un ami… et que je sais comment Luc Picard aime jouer. »
Il fit un signe de tête et disparut dans la foule, la laissant seule avec l'enveloppe et un sentiment d'appréhension qui la submergea. Que contenait cette enveloppe ? Et quel genre de piège Luc Picard lui tendait-il ?