Le Dernier Souffle de Marseille

Chapter 1 — L'Étreinte du Serpent

Le goût amer du sang et la fumée âcre de la cigarette bon marché étaient les seules choses qui parvenaient à couvrir le parfum enivrant des roses dans le vase à côté du cadavre. Chloé Gervais détestait les roses. Surtout les roses rouges, emblèmes hypocrites d'un amour qu'elle ne connaissait que par son absence.

Elle expira lentement, laissant la fumée s'échapper de ses lèvres comme un dernier soupir. Ses doigts, gantés de cuir noir, ne tremblaient pas alors qu'elle maintenait fermement le Beretta 92FS. La silhouette affalée sur le bureau, autrefois un homme puissant, n'était plus qu'un amas de chair et de secrets éventrés.

Paris, la ville lumière, n'était pour elle qu'un labyrinthe d'ombres et de trahisons. Elle était née dans ce monde, élevée dans la violence et le silence, façonnée par la nécessité de survivre dans un milieu où la pitié était une faiblesse fatale. Son père, Florian Gervais, avait régné sur une partie de la pègre parisienne avec une poigne de fer. Jusqu'à ce qu'il ne soit plus là.

Maintenant, Chloé avait repris le flambeau. Pas par désir de pouvoir, mais par devoir. Un devoir envers la mémoire de son père, envers la loyauté de ceux qui avaient cru en lui, envers elle-même. Elle devait venger sa mort et protéger ce qui lui appartenait.

« Mademoiselle Chloé ? » La voix grave de Jean, son bras droit, la ramena à la réalité. Il se tenait dans l'embrasure de la porte, son visage impassible dissimulant une inquiétude palpable.

« C'est fait », répondit-elle, sans émotion. « Nettoyez tout ça. Et dites à Marc de s'occuper du corps. »

Jean acquiesça silencieusement et se retira. Chloé jeta un dernier regard à la scène, imprégnant chaque détail dans sa mémoire. Elle ne ressentait ni remords, ni satisfaction. Juste un vide froid, une indifférence glaciale qui la protégeait du poids de ses actes.

Elle quitta le bureau, traversant les couloirs sombres de l'hôtel particulier qui servait de quartier général à l'organisation. Les murs étaient ornés de tableaux anciens, de sculptures classiques, un contraste saisissant avec la brutalité qui se tramait entre ces mêmes murs.

Dans le salon principal, quelques hommes attendaient en silence, leurs visages graves et leurs regards fixés sur elle. Ils étaient les piliers de son empire, ses lieutenants, ses soldats. Ils lui avaient juré fidélité, mais Chloé savait que la fidélité, dans ce milieu, était une denrée rare et fragile.

« Bien, » dit-elle, sa voix claire et autoritaire résonnant dans la pièce. « Renaud est mort. Il a payé pour sa trahison. Mais ce n'est qu'un début. Nous devons être prêts. La guerre est à nos portes. »

Un murmure d'approbation parcourut l'assemblée. Chloé sentait la tension monter, l'adrénaline palpiter dans ses veines. Elle était prête à affronter la tempête, à défendre son territoire, à anéantir quiconque se mettrait en travers de son chemin.

Elle avait passé les dernières années à consolider le pouvoir de son père, à tisser des alliances fragiles, à étouffer les rébellions naissantes. Mais la mort de son père avait ouvert une brèche, une opportunité pour ses ennemis de frapper. Et ils n'allaient pas se priver.

« Je veux des rapports sur tous nos contacts, tous nos alliés, tous nos ennemis », ordonna-t-elle. « Je veux savoir qui est avec nous et qui est contre nous. Je veux des informations sur leurs mouvements, leurs faiblesses, leurs secrets. Je veux tout. »

Elle parcourut la pièce du regard, fixant chacun de ses hommes dans les yeux. Elle voulait qu'ils comprennent la gravité de la situation, l'importance de leur rôle. Leur survie dépendait de leur loyauté, de leur courage, de leur capacité à exécuter ses ordres sans hésitation.

« Jean, » dit-elle, se tournant vers son bras droit. « Je veux que tu contactes Lorenzo. Dis-lui que j'ai besoin de le voir. »

Jean hocha la tête. Lorenzo Moretti était le chef de la mafia italienne à Marseille, un allié précieux, mais aussi un homme dangereux. Leur alliance était basée sur un intérêt mutuel, une nécessité de faire face à une menace commune. Mais Chloé savait qu'elle ne pouvait pas lui faire confiance aveuglément.

« Et Marie, » ajouta-t-elle, se tournant vers une jeune femme aux cheveux noirs et aux yeux perçants. « Je veux que tu surveilles Tristan. Je ne lui fais pas confiance. »

Marie acquiesça silencieusement. Tristan Lefèvre était l'un de ses lieutenants les plus proches, mais Chloé avait toujours eu des doutes sur sa loyauté. Il était ambitieux, intelligent et charismatique. Un mélange dangereux dans un monde où la trahison était monnaie courante.

Chloé savait qu'elle devait être impitoyable, méfiante, toujours un pas en avant de ses ennemis. Elle devait anticiper leurs mouvements, déjouer leurs plans, les écraser sans pitié. C'était le seul moyen de survivre dans ce monde impitoyable.

Elle passa le reste de la journée à examiner des rapports, à donner des ordres, à planifier sa stratégie. Elle se sentait comme un joueur d'échecs, manipulant ses pions sur un échiquier sanglant, consciente que le moindre faux pas pouvait lui coûter la vie.

Le soir venu, elle se retira dans ses appartements. Un havre de paix relatif, décoré avec goût et raffinement. Des meubles anciens, des tapis moelleux, des œuvres d'art précieuses. Un contraste saisissant avec la brutalité du monde extérieur.

Elle se déshabilla lentement, retirant ses vêtements un par un, comme pour se débarrasser de la crasse et de la violence de la journée. Elle prit une douche chaude, laissant l'eau couler sur sa peau, essayant de laver les images horribles qui la hantaient.

En sortant de la douche, elle se regarda dans le miroir. Son reflet lui renvoya une image froide et distante. Une femme forte, déterminée, mais aussi fragile et vulnérable. Elle avait les yeux cernés, le visage pâle, les traits tirés par la fatigue et le stress.

Elle se sécha les cheveux et enfila une nuisette de soie noire. Elle se sentait seule, terriblement seule. Le poids de ses responsabilités, la peur de l'avenir, l'absence de son père. Tout cela pesait lourdement sur ses épaules.

Elle se versa un verre de whisky, le but d'un trait, laissant le liquide brûlant lui réchauffer la gorge. Elle avait besoin de se détendre, de se vider la tête, de trouver un moyen d'échapper à la réalité, même pour quelques instants.

Elle s'assit sur le canapé, prit un livre et essaya de lire. Mais les mots dansaient devant ses yeux, incapables de retenir son attention. Ses pensées étaient ailleurs, prisonnières des ombres et des secrets de son passé.

Soudain, un bruit la fit sursauter. Un grattement à la fenêtre. Elle se leva lentement, prudemment, et s'approcha de la fenêtre. Elle tira les rideaux et regarda dehors.

Rien. Juste la nuit noire, le silence froid, la menace invisible qui planait au-dessus d'elle.

Elle referma les rideaux, se sentant inexplicablement mal à l'aise. Elle avait l'impression d'être observée, suivie, traquée. Elle savait que ses ennemis étaient là, quelque part, dans l'ombre, attendant le moment opportun pour frapper.

Elle retourna s'asseoir sur le canapé, essayant de se calmer, de se convaincre que ce n'était que son imagination. Mais elle ne pouvait pas se débarrasser de ce sentiment de danger imminent.

Soudain, la porte de sa chambre s'ouvrit en grinçant. Chloé se figea, le cœur battant la chamade. Elle se retourna lentement, la main sur son arme, prête à faire feu.

Dans l'encadrement de la porte, une silhouette sombre se tenait immobile, silencieuse. Une silhouette qu'elle connaissait bien. Une silhouette qu'elle n'aurait jamais cru revoir.

« Papa ? » murmura-t-elle, incrédule. Mais elle savait que c'était impossible. Son père était mort. Elle l'avait vu de ses propres yeux. Alors, qui était cette personne qui se tenait devant elle, dans l'ombre, avec le visage de son père ?

La silhouette s'avança lentement, révélant un visage familier, mais étrangement différent. Un visage marqué par la souffrance et la colère. Un visage qui lui glaça le sang.

« Tu m'as manqué, ma fille », dit la silhouette, sa voix rauque et menaçante. « Mais ne t'inquiète pas. Je suis là maintenant. Et je ne te quitterai plus jamais. »

Chloé recula, terrifiée. Elle savait que cette personne n'était pas son père. C'était quelque chose d'autre. Quelque chose de bien pire. Et elle savait que sa vie, déjà compliquée, venait de prendre une tournure encore plus sombre et dangereuse. Qui est cet homme ? Comment est-ce possible ? Et que veut-il ?